Fulton Sheen : le futur bienheureux qui fit des droits civiques une question de foi

 


À deux semaines de sa béatification, l’Amérique redécouvre un autre visage de sa première grande vedette catholique de télévision




Saint du jour : saint Nicolas de Tolentino

Le calendrier catholique américain commémore aujourd’hui saint Nicolas de Tolentino, augustin italien du XIIIe siècle.

Prédicateur et religieux austère, il demeure particulièrement associé à la prière pour les défunts et les âmes du purgatoire. Le Martyrologe romain commémore également aujourd’hui sainte Pulchérie.


Summary

As the United States prepares for Fulton J. Sheen’s beatification in St. Louis on September 24, a new essay in America Magazine recalls a less familiar side of the famous television bishop. Sheen argued that racism and violations of civil rights were attacks on human dignity and ultimately on God. His record included support for desegregation, advocacy for minority workers and the creation of a housing foundation in Rochester.


L’homme à la cape qui parlait à des millions d’Américains

Avant YouTube.

Avant les podcasts.

Avant les télévangélistes.

Il y eut Fulton J. Sheen.

Dans les années 1950, son émission Life Is Worth Living fit d’un évêque catholique l’une des personnalités les plus reconnaissables de la télévision américaine.

Soutane.

Cape.

Croix pectorale.

Tableau noir.

Humour.

Et une capacité extraordinaire à parler de théologie au grand public.


Dans exactement deux semaines, il sera béatifié

Le 24 septembre 2026, Fulton Sheen doit être proclamé bienheureux à Saint-Louis, dans le Missouri.

La messe sera célébrée à 14 heures au Dome at America’s Center par le cardinal Luis Antonio Tagle, représentant le pape Léon XIV.

L’événement replace naturellement Sheen au centre de l’actualité catholique américaine.

Mais America Magazine vient de rappeler une dimension moins connue du personnage.

Son engagement sur les droits civiques.


Tout commence ici par un garçon de Mobile

En 1948, Jerome Gary Cooper a onze ans.

Il grandit à Mobile, en Alabama, dans l’Amérique ségrégationniste.

Un jour, le déjà célèbre Mgr Fulton Sheen se rend jusqu’à la maison familiale, sous escorte policière.

Pour l’enfant noir du Sud, cette rencontre devient un événement fondateur.

Et l’histoire prend aujourd’hui une résonance particulière.

Hier, nous racontions précisément la naissance à Mobile des Knights of Peter Claver, grande fraternité catholique afro-américaine.


Sheen n’était pas seulement venu prononcer un discours

L’auteur de l'article d’America, Mgr Jason Gray, présente cet épisode comme une illustration concrète d’une conviction théologique de Sheen :

chaque personne possède une dignité égale parce que cette dignité vient de Dieu.

Le raisonnement est profondément catholique.

Les droits humains ne sont pas accordés par la majorité.

Ils ne dépendent pas de la couleur de peau.

Ils précèdent l’État.


Le racisme devient alors une question théologique

C’est ce qui distingue cette approche d’un simple discours politique.

Si l’homme est créé par Dieu, porter atteinte à sa dignité n’est pas seulement commettre une injustice sociale.

C’est toucher à quelque chose que Dieu lui-même a donné.

America résume ainsi la pensée de Sheen : les attaques contre les droits civiques frappent les êtres humains et, en dernière analyse, Dieu.


L’évêque de télévision face à la ségrégation

On se représente facilement Sheen parlant :

du péché,

du communisme,

de la famille,

de la prière,

de la Vierge Marie.

Mais beaucoup moins de la discrimination raciale.

Pourtant, lorsqu’il devint évêque de Rochester, dans l’État de New York, dans les années 1960, il travailla à améliorer les relations raciales et soutint les efforts contre la ségrégation.


Il s’attaqua même au logement

En 1967, Sheen créa la Sheen Ecumenical Housing Foundation.

Son objectif était de lutter contre les discriminations dans l’accès au logement.

C’est un domaine beaucoup moins spectaculaire qu’une émission de télévision.

Mais le logement détermine :

le quartier,

l’école,

l’emploi,

le patrimoine familial,

la mobilité sociale.

Aux États-Unis, la ségrégation résidentielle fut l’un des mécanismes essentiels de la séparation raciale.


Et il interpella Kodak

À Rochester, Eastman Kodak constituait un employeur majeur.

Sheen contesta les pratiques discriminatoires touchant l’embauche des travailleurs issus des minorités, rappelle Mgr Gray.

Nous sommes loin de l’image d’un évêque enfermé dans son studio de télévision.

La doctrine sociale rencontre ici directement le marché du travail.


Était-il pour autant un militant politique ?

Ce serait probablement une simplification.

Sheen raisonne d’abord comme prêtre.

Sa pensée part de Dieu, de la création, de la personne humaine et de la charité.

Son langage n’est pas celui d’une théorie contemporaine des identités.

Mais cette théologie produit des conséquences politiques très concrètes.


Voilà un catholicisme social typiquement américain

Il ne sépare pas totalement :

conversion personnelle,

charité,

dignité humaine,

structures sociales.

Le péché peut être individuel.

Mais une injustice peut également être inscrite dans des pratiques économiques ou institutionnelles.

Dans ce cas, aimer son prochain oblige aussi à modifier ces pratiques.


Le contraste avec l’Amérique ségrégationniste est saisissant

Sheen devient une célébrité nationale dans une époque où des millions d’Américains noirs vivent encore sous la ségrégation légale.

La télévision elle-même montre une Amérique largement blanche.

Et voici un évêque catholique expliquant devant ce pays que les droits de l’homme viennent de Dieu.

La proposition possède une force particulière dans ce contexte.


Cela ne signifie pas que l’Église américaine fut exemplaire

L’article d’hier sur les Knights of Peter Claver nous l’a rappelé.

Les catholiques noirs durent construire leurs propres institutions dans une société et une Église où les barrières raciales existaient réellement.

Des paroisses furent séparées.

Des écoles furent séparées.

Des associations fraternelles furent séparées.

L’existence d’un Sheen ne doit donc pas servir à blanchir l’histoire.


Elle montre plutôt que le catholicisme contenait les ressources pour contester cette situation

Création de l’homme à l’image de Dieu.

Universalité du salut.

Corps mystique du Christ.

Loi naturelle.

Dignité de la personne.

Bien commun.

Toutes ces notions rendent théologiquement difficile la justification d’une hiérarchie raciale.

Le problème fut souvent moins l’absence de principes que le courage nécessaire pour les appliquer.


Et Sheen savait parfaitement utiliser les médias

Voilà peut-être pourquoi sa parole comptait.

Un document épiscopal peut rester dans une bibliothèque.

Sheen entrait dans les salons américains.

Il comprit très tôt que les nouveaux médias pouvaient devenir un territoire missionnaire.

Radio d’abord.

Télévision ensuite.


Un évêque pouvait concurrencer les vedettes

Life Is Worth Living rassembla des millions de téléspectateurs.

Sheen transforma le tableau noir en chaire.

Il ne renonçait pas à la doctrine catholique pour passer à la télévision.

Il cherchait au contraire à traduire cette doctrine dans le langage du média dominant de son époque.

C’est l’une des raisons pour lesquelles son héritage redevient très actuel.


Car l’Église affronte aujourd’hui la même question avec Internet

Que ferait Sheen en 2026 ?

Une chaîne YouTube ?

Un podcast ?

TikTok ?

Personne ne peut le savoir.

Mais son principe était clair : si les hommes se trouvent devant un écran, le prédicateur doit apprendre à parler à travers cet écran.


La béatification va transformer sa mémoire

À partir du 24 septembre, Sheen ne sera plus seulement une célébrité historique du catholicisme américain.

Il recevra officiellement le titre de bienheureux.

Le miracle reconnu par Rome avait ouvert la voie à cette béatification, et le cardinal Tagle présidera la célébration à Saint-Louis.


L’Amérique commence déjà les commémorations

À New York, le Sheen Center for Thought and Culture a ouvert hier, 9 septembre, l’exposition multimédia A Man For All Media, consacrée à sa vie et à son héritage.

Elle doit se poursuivre jusqu’au 29 septembre.

La date rend notre sujet particulièrement actuel.

Sheen est littéralement en train de revenir dans l’espace culturel américain.


Mais quel Sheen va-t-on redécouvrir ?

Le prédicateur anticommuniste ?

Le grand dévot de l’Eucharistie ?

Le pionnier de la télévision ?

L’évêque missionnaire ?

Le défenseur des droits civiques ?

La réponse correcte est probablement : tous à la fois.


C’est précisément ce qui rend l’article d’America intéressant

Une béatification peut facilement produire une image pieuse et aplatie.

Le personnage historique devient statue.

Or la sainteté catholique est toujours vécue dans une époque concrète.

Pour Sheen, cette époque fut celle :

de la télévision,

de la guerre froide,

du communisme,

de la ségrégation,

du mouvement des droits civiques,

du concile Vatican II.


Un futur bienheureux face au problème racial américain

À quatorze jours de sa béatification, ce visage de Fulton Sheen mérite donc d’être redécouvert.

Non pour l’enrôler artificiellement dans les débats politiques de 2026.

Mais pour rappeler quelque chose de plus exigeant.

Si la dignité humaine vient réellement de Dieu, elle ne peut être distribuée selon la race, la richesse ou l’utilité sociale.

Chez Sheen, la théologie descendait parfois du tableau noir pour entrer directement dans la cité.


Note culturelle : quand un évêque devint une vedette de télévision

Fulton Sheen fut l’un des premiers religieux américains à comprendre pleinement la puissance des médias de masse.

Son succès fut tel qu’un évêque catholique pouvait apparaître dans le même univers culturel que les grandes vedettes du divertissement.

Son exposition new-yorkaise de septembre 2026 porte donc un titre particulièrement juste : A Man For All Media, « un homme pour tous les médias ».


Vidéo

Fulton Sheen, « Quo Vadis America » : épisode de Life Is Worth Living

Une excellente manière de retrouver directement le style télévisuel de Sheen : tableau noir, éloquence, humour et réflexion sur l’Amérique.


🇺🇸 USA — Sources

America Magazine — Fulton Sheen, the love of God and the civil rights movement
C’est la source principale de l’article. Elle documente la visite de Sheen à la famille de Jerome Gary Cooper à Mobile en 1948, son aide à la création d’un hôpital pour femmes noires, le parcours ultérieur de Cooper, son soutien à une paroisse noire de Birmingham, son action à Rochester, la fondation pour le logement et ses critiques envers les discriminations à l’embauche chez Kodak.

Vatican News — Venerable Fulton Sheen to be beatified in St. Louis on 24 September
Confirme la béatification de Fulton Sheen le 24 septembre 2026 à Saint-Louis, présidée par le cardinal Luis Antonio Tagle au nom de Léon XIV.

Vatican News — Pope Leo XIV invites Church to participate in World Mission Sunday
Léon XIV y présente Sheen comme une « lumière de foi, d’espérance et d’amour » ayant rayonné pendant des décennies par la radio et la télévision.

Catholic Culture — 10 septembre 2026 : saint Nicolas de Tolentino
Pour le saint du jour. 


Pour aller plus loin

Frontière, patriotisme et tradition : trois défis pour le catholicisme américain

Les jésuites américains réorganisent leurs noviciats : la fin d’un modèle ?

Les articles du blog consacrés à Fulton Sheen et à sa relique à Rochester complètent directement celui-ci, mais je n’invente pas leur adresse publique tant que leur permalink exact n’est pas vérifié.


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La redécouverte de l’engagement de Fulton Sheen pour les droits civiques change-t-elle l’image du célèbre évêque de télévision ?

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