le catholicisme américain et la boxe : des figures historiques au carrefour du ring et de l’église

 

le catholicisme américain et la boxe : des figures historiques au carrefour du ring et de l’église


“L’Église dans le coin du ring : boxe et foi en Amérique”

Summary

From the late 19th century through the mid-20th century, boxing was one of America’s most popular sports, and no community embraced it more passionately than American Catholicsamericamagazine.org. In an era when immigrant Catholic men often struggled for respect, the boxing ring became both a proving ground and a point of pride. Churches, parishes and Catholic organizations sponsored boxing clubs and tournaments, seeing in the sport a way to build character and keep kids out of trouble. Priests donned the trainer’s cap at local gyms, and even a few future champions like Sonny Liston learned the ropes under clerical guidanceamericamagazine.org. Catholic heroes of the ring – from Rocky Marciano to Gene Tunney – became ethnic icons, celebrated not just for their titles but for uplifting a community’s moraleamericamagazine.org.

https://www.americamagazine.org/faith/2019/03/08/why-boxing-was-most-catholic-sport-almost-100-years/

An early 20th-century informal boxing match (c. 1890-1910). In this period, Catholic clergy and organizations often embraced boxing as a means to inspire discipline and faith in young men.

Beyond the thrill of competition, boxing carried deeper meaning in Catholic culture. Many Catholics of the time believed that enduring pain could have spiritual value, echoing the faith’s reverence for sacrifice and redemptionamericamagazine.org. A bloody bout, with its bruises and knockdowns, symbolized the “imitatio Christi” – imitating Christ’s suffering – in a visceral wayamericamagazine.org. Bishop Bernard Sheil, a visionary Chicago prelate, captured this spirit by founding the Catholic Youth Organization (CYO) in 1930 to help “at-risk” youth channel their energy into boxing and see higher purpose in the struggleamericamagazine.org. From parish basements to Madison Square Garden, the ties between Catholicism and boxing forged a unique subculture. Generations of young men were taught to fight fair, pray hard, and never quit, viewing the ring as a place to build virtue as much as muscle. By the 1970s, this golden age waned, but its legacy lives on in stories, films, and the enduring idea that faith can be found even in a boxing ringamericamagazine.orgamericamagazi

La boxe a entretenu un lien étonnamment étroit avec l’Église catholique aux États-Unis, notamment du début du XXe siècle jusqu’aux années 1950. Durant cette période, la culture catholique américaine s’est largement imprégnée de ce sport de combat : on voyait fleurir des clubs de boxe paroissiaux, des tournois parrainés par les Chevaliers de Colomb, et même des sermons d’évêques utilisant la boxe en exemple. Des colonnes sur la boxe paraissaient dans la presse catholique, tandis que l’enseignement de ce sport était courant dans les écoles paroissiales. De nombreux prêtres servaient d’entraîneurs de boxe à tous les niveaux, certains allant jusqu’à former des champions de premier plan comme Sonny Liston ou Joe Louisamericamagazine.org. Parallèlement, l’ascension de champions du monde dévots comme Rocky Marciano, Gene Tunney ou Floyd Patterson – catholiques fervents – devint une véritable source de fierté pour la communauté catholique américaineamericamagazine.org. Dans ce contexte, plusieurs figures historiques ont incarné de façon marquante le lien entre le catholicisme (notamment son clergé ou ses institutions) et le monde de la boxe. Tour à tour évêques visionnaires, prêtres éducateurs, aumôniers de prison ou encore boxeurs devenus prêtres, ces individus ont laissé une empreinte singulière dans l’histoire américaine en faisant du ring un lieu d’apostolat, de promotion sociale ou d’inspiration spirituelle. Voici quelques-unes de ces figures emblématiques, avec leur parcours, le contexte de leur époque, leur contribution au catholicisme américain et leur impact dans l’univers de la boxe – sans oublier quelques anecdotes révélatrices.

Mgr Bernard J. Sheil et le Catholic Youth Organization (CYO)

Monseigneur Bernard James Sheil (1888-1969) est sans doute l’une des figures les plus significatives liant l’Église catholique et la boxe aux États-Unis. Prêtre de Chicago, puis évêque auxiliaire, Mgr Sheil est animé par une vision progressiste de l’action sociale de l’Église. En 1930, en pleine Grande Dépression, il fonde le Catholic Youth Organization (CYO) avec le soutien du cardinal George Mundelein. Son objectif : offrir aux jeunes des quartiers défavorisés – y compris ceux en situation de délinquance – une alternative positive grâce au sport et aux loisirs organisés. La boxe devient le fer de lance de ce programme, car Sheil estime qu’elle inculque discipline, courage et persévérance. Le CYO installe ainsi des rings de boxe dans ses centres et forme des entraîneurs. « Nous arrachons nos garçons aux bars clandestins, aux repaires de gangsters, aux coins de rue… », proclame Mundelein lors de l’inauguration du centre principal du CYO, soulignant la mission préventive de cette œuvre catholiquencronline.org. La boxe est pour Sheil un outil d’éducation physique et spirituelle : il y voit une école d’endurance et de maîtrise de soi alignée sur les valeurs catholiques de sacrifice et de rédemption par l’effort.

Le CYO de Chicago se démarque aussi fortement par son ouverture à tous les jeunes, sans distinction de race, ce qui était audacieux dans l’Amérique ségréguée des années 1930. Sheil promeut l’intégration raciale dans le sport bien avant le mouvement des droits civiques : « Le ring était le seul endroit où un Noir pouvait battre un Blanc sans être lynché », dira plus tard Malcolm X à propos de la boxe, une observation que Sheil avait saisie intuitivementncronline.org. Ainsi, à Chicago, les tournois de boxe du CYO voient combattre les uns contre les autres des jeunes catholiques irlandais, italiens, polonais… et afro-américains, brisant les barrières raciales. Mieux encore, lorsqu’une sélection de boxeurs du CYO de Chicago part en tournée dans d’autres villes, elle le fait en équipe interraciale, chacun combattant aux côtés de ses camarades d’une autre couleur de peauncronline.org. Ces rencontres attirent des foules nombreuses : des milliers de spectateurs viennent assister à ces galas de boxe inédits au Chicago Stadium et ailleursncronline.org. Les résultats sportifs sont également au rendez-vous : trois boxeurs formés dans le giron du CYO furent sélectionnés en équipe olympique américaine de boxe pour les Jeux de Berlin 1936, où leurs performances – de concert avec les médailles du sprinter Jesse Owens – défièrent l’idéologie raciste naziencronline.org. L’année suivante, en 1937, le sacre du premier champion du monde poids lourd noir, Joe Louis, donne un retentissement particulier à l’engagement de Sheil, qui voyait en Louis un modèle positif pour la jeunesse afro-américaine.

Sur le plan du catholicisme américain, Mgr Sheil incarne un courant d’Église engagé dans les réformes sociales. Son CYO, en plus du sport, développe des services sociaux, des cliniques d’orientation et même une école de sciences sociales catholique, tout en prônant la doctrine sociale de l’Église (notamment l’encyclique Rerum Novarum sur la justice sociale)ncronline.orgncronline.org. Sheil n’hésite pas à collaborer avec des figures laïques progressistes comme le syndicaliste Saul Alinsky pour améliorer les quartiers pauvres de Chicagoncronline.org. Bien qu’il ait dû affronter des résistances (certains blancs conservateurs allant jusqu’à railler le CYO comme Colored Youth Organization du fait de la forte participation noirencronline.org), l’évêque Sheil a, par son énergie pastorale peu commune, influencé positivement la vie de milliers de jeunes. Son héritage se mesure autant aux vies qu’il a redressées qu’aux trophées sportifs : « Combien de vies ont été améliorées par les efforts de Sheil – des centaines, voire des milliers ? Que ces vies soient le véritable héritage de son action », écrira un chroniqueur admiratifncronline.org. L’image d’un évêque catholique en soutane au milieu d’un gymnase, encourageant de jeunes boxeurs à se serrer la main avant le combat, symbolise l’alliance inattendue de la foi et du ring pour le bien de la jeunesse.

Le père Edward J. Flanagan et la boxe à Boys Town

Dans les années précédant de peu les initiatives de Mgr Sheil, un autre prêtre catholique utilisait la boxe comme instrument de salut social : le père Edward J. Flanagan (1886-1948). D’origine irlandaise, ordonné en 1912, le père Flanagan s’installe à Omaha (Nebraska) où il est frappé par le nombre de garçons livrés à la rue ou en conflit avec la loi. Convaincu qu’« il n’existe pas d’enfant irrécupérable » (« There is no such thing as a bad boy » était sa devise), il fonde en 1917 un refuge pour jeunes garçons en difficulté, qui deviendra bientôt le célèbre Boys Town. Cet établissement pionnier, à la fois orphelinat et école, est géré comme une petite communauté autonome où les garçons élisent leurs délégués et apprennent la responsabilité. Flanagan cherche à y développer tout l’enfant – moralement, intellectuellement, mais aussi physiquement. C’est ici que la boxe entre en scène.

Il se trouve que le père Flanagan avait pratiqué la boxe durant sa jeunesse en Irlande. Grand sportif dans l’âme, il voyait dans le noble art un excellent moyen de canaliser l’énergie turbulente de ses jeunes protégés et de leur enseigner le respect des règles. Chaque garçon de Boys Town devait ainsi passer par les leçons de boxe, dès l’âge de 7 ans, non pour fabriquer des champions professionnels, mais pour leur apprendre la défense de soi, la maîtrise et développer leur confiance. « Father Flanagan, a boxer in his youth, saw that all boys ages seven to thirteen received boxing lessons. »Le père Flanagan, lui-même boxeur dans sa jeunesse, veillait à ce que tous les garçons de 7 à 13 ans reçoivent des leçons de boxenanmillertimes.com. Au-delà de la boxe, d’autres sports et activités physiques étaient proposés à Boys Town, car un des objectifs constants du prêtre était de garder les enfants actifs et loin de l’oisiveté, qu’il considérait comme le terreau des “mauvaises tentations”nanmillertimes.com.

La routine de Boys Town intégrait donc des entraînements et des matchs de boxe réguliers. Ces combats amicaux entre garçons, surveillés de près par le père Flanagan, faisaient partie de l’éducation. Un match de boxe était même le moyen privilégié pour régler les différends ou rivalités entre pensionnaires, dans un cadre sain et équitable. Cette réalité est illustrée de manière frappante dans le film Boys Town (1938) – œuvre de fiction inspirée de la vie de Flanagan – où une scène clé montre deux garçons de Boys Town en découdre sur le ring sous le regard de tous les autres et du père Flanagan lui-même, jusqu’à ce qu’une réconciliation s’ensuiveen.wikipedia.org. La présence du prêtre au bord du ring, encourageant ses garçons et veillant à leur fair-play, reflète fidèlement l’esprit de Boys Town.

Le père Flanagan adorait la boxe et la considérait comme un outil pédagogique. Son enthousiasme était tel qu’il n’hésitait pas à faire venir des champions célèbres rendre visite à Boys Town pour galvaniser et inspirer les jeunes. Ainsi, d’après les archives de Boys Town, Flanagan a accueilli Joe Louis, le champion du monde poids lourd, lors d’un passage de celui-ci dans la région dans les années 1940, au grand émerveillement de ses pensionnaires (le légendaire boxeur, impressionné par l’œuvre du prêtre, aurait généreusement fait don de gants dédicacés aux garçons). Ce type de rencontre montrait aux enfants qu’un grand champion pouvait surgir d’humbles débuts – un message d’espoir parfaitement aligné avec la philosophie de Flanagan. Sous sa direction, la Boys Town Boxing Club participa à des compétitions locales et plusieurs anciens de Boys Town poursuivirent plus tard des carrières sportives honorables, forts des valeurs apprises au foyer.

Si l’impact de Flanagan dans le monde de la boxe fut d’abord local et formatif (il ne forma pas de champions du monde lui-même, ce n’était pas son but), son impact sur le catholicisme américain et la société est immense. Il a été l’un des premiers prêtres à devenir une figure nationale grâce à son œuvre sociale – Spencer Tracy remporta un Oscar en incarnant son rôle au cinéma. En prouvant qu’avec de l’amour, de la discipline et… un ring de boxe, on pouvait transformer la vie de “mauvais garnements” en manque de repères, Flanagan a inspiré de nombreuses autres initiatives catholiques en faveur de la jeunesse à risque. Il a aussi contribué à donner de l’Église une image plus proche du peuple, pragmatique et compatissante. Son utilisation de la boxe pour inculquer des vertus morales a pu surprendre, mais elle s’inscrivait dans une tradition catholique plus vaste valorisant la “lutte du bien contre le mal” et la dignité dans la souffrance. D’une certaine manière, sur le ring de Boys Town, se jouait chaque jour une petite parabole de rédemption : apprendre à encaisser les coups et à se relever, dans le sport comme dans la vie.

Le père Alois Stevens, aumônier du ring et découvreur de Sonny Liston

Parmi les histoires où le destin d’un boxeur croise l’influence déterminante d’un prêtre catholique, celle de Charles “Sonny” Liston et du père Alois Stevens est particulièrement marquante. Sonny Liston, futur champion du monde des poids lourds au début des années 1960, a eu une jeunesse chaotique. Né vers 1930 dans une famille nombreuse et très pauvre d’Arkansas, il grandit quasi illettré et maltraité par son père. À l’adolescence, cherchant à échapper à ce milieu, Liston monte à Saint Louis mais tombe dans la petite criminalité. En 1950, à environ 20 ans, il est condamné pour vol à main armée et incarcéré à la Missouri State Penitentiary, un pénitencier dur du Midwestcatholicphilly.com. C’est derrière les barreaux que sa vie prend un tournant inattendu, grâce à l’intervention de deux prêtres catholiques.

La prison de Jefferson City où se trouve Liston bénéficie en effet de la présence d’aumôniers catholiques engagés auprès des détenus. Le père Alois J. Stevens, aumônier principal, et le père Edward Schlattmann identifient rapidement en ce colosse de plus d’1,85 m au visage fermé un jeune homme perdu mais récupérable, pour peu qu’on lui trouve une voie constructive. Ils décèlent aussi chez lui une force physique hors norme. Connaissant les vertus disciplinaires du sport, ces prêtres vont encourager Sonny Liston à s’essayer à la boxe pendant sa détention. « Two Catholic priests who served as chaplains, Father Edward Schlattmann and Father Alois Stevens, helped to direct Liston toward the controlled violence of the ring. »Deux prêtres catholiques, aumôniers de la prison, les pères Schlattmann et Stevens, orientèrent Liston vers la violence maîtrisée du ringboxingscene.com. Autrement dit, plutôt que de laisser sa rage s’exprimer dans les bagarres de cour de prison, ils lui mirent une paire de gants et lui apprirent à boxer selon les règles, canalisant son agressivité dans le sport.

Le père Stevens en particulier devient une sorte de mentor pour Liston. Fasciné par les qualités naturelles du jeune détenu, il le prend sous son aile, lui enseigne non seulement la technique de la boxe mais aussi une certaine éthique : celle de respecter l’adversaire, de se plier à la discipline des entraînements et des combats, bref d’ordonner un peu sa vie chaotique autour d’un objectif sportif. Stevens voit rapidement en Liston un potentiel exceptionnel. Il confiera plus tard au magazine Sports Illustrated, avec une pointe d’émerveillement : « He was the most perfect specimen of manhood I had ever seen… His hands were so large! I couldn’t believe it. They always had trouble getting them on when his hands were wrapped. »visitjeffersoncity.com (« C’était le plus parfait spécimen d’homme que j’aie jamais vu… Ses mains étaient tellement grandes ! J’en revenais pas. On avait toujours du mal à lui enfiler ses gants une fois ses mains bandées », se souviendra le père Stevens). Sous la houlette des pères Stevens et Schlattmann, Liston s’entraîne intensivement en prison et remporte ses premiers combats amateurs inter-prisons, se forgeant une réputation locale de cogneur redoutable. C’est à cette époque qu’il acquiert le surnom de “Sonny”.

La suite de l’histoire montre à quel point l’intervention de ces prêtres a été décisive dans la vie du champion. Grâce à sa nouvelle voie, Liston fait preuve de bonne conduite et obtient une libération sur parole anticipée en 1952. Un journaliste sportif local, alerté par le père Stevens sur le phénomène, appuie sa demande de libération en promettant de lui trouver un emploi et un entraîneur à sa sortievisitjeffersoncity.com. Libéré presque deux ans avant terme, Sonny Liston tient parole : il part s’installer dans un foyer YMCA de St Louis, travaille le jour dans une usine sidérurgique et s’entraîne le soir en club de boxe. Ses débuts en amateur sont fulgurants : dès 1953, il remporte le prestigieux Golden Gloves de St Louis en battant même le champion olympique en titre Ed Sandersvisitjeffersoncity.com. Passé professionnel peu après, il aligne les victoires par K.O. et gravit les échelons de la catégorie reine. En septembre 1962, dix ans après sa sortie de prison, Liston s’empare du titre de champion du monde des poids lourds en mettant K.O. Floyd Patterson au 1er round. Ce couronnement, s’il fut entaché par l’image sombre de Liston (lié à la mafia et détesté d’une partie du public), n’en reste pas moins l’aboutissement d’un parcours de rédemption entamé sur un ring de prison sous le regard bienveillant d’un prêtre. Liston lui-même reconnaîtra que sans la boxe – et donc sans le père Stevens – il serait probablement resté toute sa vie dans la criminalité.

Pour l’Église catholique américaine, l’histoire de Sonny Liston illustre l’influence souvent discrète mais réelle de ses aumôniers dans les lieux les plus inattendus. Le père Alois Stevens n’est pas devenu célèbre, mais son rôle d’« entraîneur de l’ombre » au pénitencier de Jefferson City a eu un impact direct sur l’histoire de la boxe. Il a aussi démontré comment le ministère pastoral pouvait passer par des chemins peu conventionnels : ici, un prêtre transforme la vie d’un détenu non pas seulement par des sermons ou la prière, mais en lui apprenant à boxer et à croire en lui. Cette approche très pragmatique – utiliser la discipline du sport pour opérer une forme de conversion personnelle – s’inscrit dans une longue tradition catholique d’investissement dans les œuvres carcérales et la réhabilitation. L’anecdote veut que, devenu champion, Sonny Liston ne manquait jamais de saluer ses anciens entraîneurs de prison, leur envoyant des messages de gratitude. Si son image publique resta ambivalente, il resta au fond de lui ce “garçon de chœur musclé” façonné par Stevens, à qui il devait sa seconde chance. Le père Stevens incarne ainsi l’archétype du prêtre-entraîneur qui, à l’instar de bien d’autres dans les quartiers urbains ou les institutions, a su marier Bible et gants de boxe pour servir une cause de justice sociale et de salut humaincatholicphilly.com.

Stuart “Father Stu” Long : du ring au sacerdoce

Toutes les figures liant l’Église et la boxe ne viennent pas nécessairement du clergé au départ. L’histoire de Stuart Long – plus connu sous le nom de Father Stu – est celle d’un boxeur devenu prêtre, dont le parcours de vie hors du commun a récemment touché un large public. Né en 1963 dans le Montana, Stuart Long grandit dans une famille non pratiquante. C’est un jeune homme athlétique, un peu bagarreur, qui aime relever tous les défis physiques. Durant ses études à Carroll College (université catholique de Helena, MT), un prêtre du campus perçoit son énergie débordante et l’incite à la canaliser sur le ring. Stuart se lance alors à fond dans la boxe amateur, apprenant la discipline que cela impose. Il se révèle doué : en 1985, il remporte le titre de champion Golden Gloves poids lourd du Montanacatholicextension.org. Cette réussite régionale lui ouvre peut-être des perspectives dans la boxe, mais une blessure de mâchoire va stopper net sa carrière naissante. Stuart Long change alors de cap et tente sa chance comme acteur en Californie, sans grand succès. La boxe semble appartenir à son passé, mais elle lui aura transmis une ténacité qui lui servira plus tard.

C’est en effet à Los Angeles que la vie de Stuart prend un tournant spirituel. Après un grave accident de moto en 1998 où il frôle la mort, il entame une quête de sens. Il fréquente l’Église catholique – initialement pour plaire à une jeune femme qu’il courtise – et vit une expérience de foi profonde. À son baptême, il ressent un appel intérieur puissant à devenir prêtrecatholicextension.org. Contre toute attente, l’ex-boxeur au caractère bien trempé décide de répondre à cet appel. Il rentre au Montana, entame un cheminement vocationnel et finit par entrer au séminaire. L’Église accueille ce profil atypique, et Stuart Long commence sa formation de futur prêtre, bénéficiant d’ailleurs d’une bourse de la Catholic Extension Society tant son cas sort des sentiers battuscatholicextension.org.

C’est alors qu’un nouveau coup dur survient : on lui diagnostique en cours de séminaire une maladie musculaire rare et incurable, la myosite à inclusions, qui va progressivement le handicaper gravementcatholicextension.orgcatholicextension.org. Les médecins lui donnent peu d’années à vivre et ses forces déclinent de jour en jour. Malgré cela, son évêque choisit de l’ordonner prêtre en 2007, estimant que sa détermination et sa foi l’emportent sur son handicapcatholicextension.org. Le jour de son ordination, le nouveau prêtre, déjà diminué physiquement, prononce des paroles qui saisissent l’assemblée : « Je me présente devant vous comme un homme brisé. Sauf miracle, je vais mourir de cette maladie, mais je la porte pour la croix du Christ, et nous pouvons tous porter nos croix. »catholicextension.org (“I stand before you as a broken man… I’m going to die from this disease, but I carry it for the cross of Christ”). Ces mots résonnent comme l’écho spirituel de l’endurcissement qu’il avait connu sur le ring : accepter la souffrance et la tourner en offrande.

Devenu père Stuart Long, il exerce son ministère autant que possible malgré l’avancée de son mal. En quelques années, il se retrouve en fauteuil roulant, presque paralysé, mais continue de célébrer la messe (assisté par des servants qui l’aident à tenir l’hostie lorsque ses bras faiblissent)catholicextension.orgcatholicextension.org. Il consacre ses dernières forces à écouter, confesser, conseiller tous ceux qui viennent à lui, avec un franc-parler et une compassion hérités de son vécu tumultueux. Son témoignage de foi authentique attire de plus en plus de monde : vers la fin, une longue file de visiteurs patiente chaque jour devant sa chambre en maison de soins, cherchant un mot de réconfort ou une prière du prêtre-boxeur maladecatholicextension.org. On raconte que plusieurs employés de l’établissement, émus par sa sainteté rayonnante dans l’épreuve, se sont convertis au catholicisme à son contactcatholicextension.org. Le père Stu s’éteint en 2014, à 50 ans, après avoir combattu “son dernier round” contre la maladie avec un courage héroïque.

L’impact de Father Stu, de son vivant, fut avant tout d’ordre spirituel et humain – un ministère bref mais intense où chaque instant de souffrance assumée devenait une prédication silencieuse. Cependant, son histoire hors norme a eu un retentissement national avec la sortie du film « Father Stu » en 2022 (où Mark Wahlberg incarne Stuart Long). Ce biopic a touché un large public en présentant le parcours de conversion d’un homme ayant connu la violence de la boxe puis la fragilité extrême de la maladie, et qui trouve dans la foi catholique sa rédemption et sa mission. Le contraste entre le boxeur athlétique d’hier et le prêtre en fauteuil d’aujourd’hui illustre de façon quasi parabole la transformation intérieure opérée par la grâce. Stuart Long a ainsi, à sa manière, marqué l’histoire américaine récente en rappelant que le catholicisme peut puiser jusque dans l’arène du sport un chemin vers Dieu. Son exemple continue d’inspirer de nombreux croyants, sportifs ou non, en quête de sens.

Conclusion : foi sur le ring, une tradition durable

Des rings de boxe improvisés des orphelinats aux grandes enceintes des championnats, l’Église catholique américaine a trouvé dans la boxe non seulement un vivier de fidèles (beaucoup de champions et de fans étaient issus des communautés catholiques immigrées irlandaises, italiennes, polonaises, hispaniques…), mais aussi un terrain d’apostolat original. Bernard Sheil a vu dans le sport une arme contre la délinquance et le racisme, Edward Flanagan y a trouvé un outil d’éducation et d’amour tough but fair, Alois Stevens a su reconnaître en un détenu violent un futur champion à sauver, et Stuart Long a transformé l’entraînement physique en entraînement de l’âme. Chacun à leur manière ont incarné le lien entre le catholicisme et la boxe : en mettant les gants, ces prêtres et figures catholiques ont prolongé l’action de l’Église là où on ne l’attendait pas forcément.

Il ne s’agit pas d’idéaliser la boxe – sport brutal par essence – ni d’en nier les dérives. D’ailleurs, l’intérêt catholique pour la boxe a décliné à mesure que la société a changé et que d’autres sports ont pris le relais dans les paroisses. Mais durant près d’un siècle, la boxe a été, pour l’Église américaine, un vecteur de valeurs et de cohésion dans des milieux populaires parfois éprouvés. Comme l’écrivait une historienne, la boxe renvoyait à des thèmes très catholiques de rédemption par la souffrance et d’ascèse du corpsamericamagazine.orgamericamagazine.org. Monter sur le ring, c’était un peu comme gravir son Calvaire personnel, endurer les coups pour se purifier et se relever meilleur – une métaphore qui parlait aux prêtres et aux fidèles d’autrefois. De nombreux curés de paroisse, de New York à San Francisco, ont fait vibrer les salles paroissiales de ces combats amicaux où l’on apprenait la loyauté, le respect et le courage.

Aujourd’hui encore, l’héritage de ces figures perdure. Des tournois de boxe caritatifs comme le Bengal Bouts à l’Université de Notre-Dame continuent depuis 1931 à allier noble art et noble cause (les étudiants s’affrontent pour financer des missions catholiques en Asie)americamagazine.org. Des prêtres contemporains témoignent de leur passion pour la boxe, y voyant un parallèle avec le combat spirituel de la foi. Et l’on se souvient qu’un humble prêtre a su changer le cours de la vie d’un jeune bagarreur, ou qu’un ancien boxeur est devenu un témoin flamboyant de l’Évangile. Ces histoires où la soutane et le peignoir de boxe se côtoient montrent une facette inattendue mais bien réelle de l’histoire américaine : celle d’une foi qui descend dans l’arène, qui n’hésite pas à monter sur le ring pour toucher les cœurs et forger des destins.

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