États-Unis, Mexique, Canada : les évêques veulent répondre ensemble au défi migratoire
Réunis à Cuernavaca, les trois épiscopats nord-américains cherchent une réponse commune à une réalité qui traverse les frontières
Saint du jour : saint Zacharie, prophète de la paix
Le 6 septembre, le Martyrologe romain commémore le prophète Zacharie. Après l’exil à Babylone, il encouragea le peuple à reconstruire le Temple de Jérusalem et annonça la venue d’un roi humble qui proclamerait la paix aux nations.
Sa mémoire convient particulièrement à une rencontre d’évêques appartenant à trois nations distinctes mais cherchant à dépasser les frontières politiques lorsqu’il s’agit de défendre la dignité humaine.
Summary
Bishops representing the Catholic episcopal conferences of the United States, Mexico and Canada met in Cuernavaca from August 30 to September 4. Migration, human mobility, evangelization and human dignity were central to their discussions. Rather than treating migration as the concern of one national Church alone, the bishops explored greater regional cooperation, including joint missionary initiatives and exchanges of priests. Their meeting reflects a simple reality: North American migration crosses borders, and the Church’s pastoral response increasingly does as well.
Trois pays autour d’une même table
La géographie politique de l’Amérique du Nord est simple.
Canada.
États-Unis.
Mexique.
Mais les migrations rendent ces frontières beaucoup plus complexes.
Du 30 août au 4 septembre, des représentants des trois conférences épiscopales se sont retrouvés à Cuernavaca, au Mexique.
La rencontre n’était pas présentée comme un sommet diplomatique.
Elle voulait d’abord être fraternelle.
Prière.
Eucharistie.
Écoute.
Discussions.
Mais derrière cette simplicité se trouvait l’un des problèmes politiques et pastoraux les plus difficiles du continent : la migration.
Une initiative mexicaine
La rencontre est née d’une initiative de Mgr Ramón Castro Castro, évêque de Cuernavaca et président de la Conférence épiscopale mexicaine.
Son idée était d’établir une relation plus étroite entre les épiscopats des trois pays.
Cela peut sembler évident.
Ça ne l’est pas nécessairement.
Chaque conférence épiscopale travaille d’abord dans son propre cadre national.
Or la migration ignore précisément ce découpage.
Le migrant traverse trois réalités ecclésiales
Un migrant venu d’Amérique centrale peut traverser le Mexique.
Atteindre les États-Unis.
Avoir de la famille au Canada.
Il peut rencontrer successivement plusieurs administrations, plusieurs législations et plusieurs politiques migratoires.
Mais également plusieurs diocèses catholiques.
Pour l’Église, traiter le phénomène uniquement à l’échelle nationale risque donc de fragmenter une réalité humaine qui, elle, est continentale.
Migration et mobilité forcée
Les évêques ont étudié les réalités sociales, politiques, économiques et ecclésiales de leurs trois pays.
La mobilité humaine, les migrations et la sauvegarde de la dignité humaine ont occupé une place importante dans les discussions.
Le CELAM souligne particulièrement les effets de la mobilité forcée.
C’est une nuance essentielle.
Tous les migrants ne quittent pas leur pays dans les mêmes conditions.
Pauvreté.
Violence.
Persécution.
Regroupement familial.
Recherche de travail.
Catastrophes.
Instabilité politique.
Les catégories administratives ne suffisent pas toujours à décrire les histoires humaines.
Mais les évêques ne parlaient pas seulement de migration
C’est l’un des intérêts de la rencontre.
L’objectif était plus large.
Évangélisation.
Vocations.
Mission.
Coopération entre diocèses.
Échanges de prêtres.
Les participants ont ainsi évoqué des missions évangélisatrices communes et le développement d’une culture vocationnelle partagée pour accompagner jeunes et séminaristes.
Autrement dit, ils ne veulent pas créer uniquement une coopération humanitaire.
Ils cherchent aussi une coopération ecclésiale.
Pourquoi échanger des prêtres ?
L’idée est particulièrement intéressante aux États-Unis.
De nombreuses communautés catholiques américaines sont aujourd’hui marquées par l’immigration latino-américaine.
Certaines paroisses ont besoin de prêtres hispanophones.
D’autres communautés regroupent plusieurs cultures dans une même paroisse.
L’échange de prêtres entre pays peut donc permettre à la structure pastorale de suivre les déplacements réels des populations.
La frontière politique demeure.
La pastorale devient transfrontalière.
Guadalupe comme point de rencontre
Les évêques se sont également rendus auprès de Notre-Dame de Guadalupe.
Le choix possède évidemment une portée spirituelle.
Mais aussi continentale.
Guadalupe est profondément mexicaine.
Elle est également devenue l’un des grands symboles du catholicisme de toute l’Amérique.
La Vierge métisse constitue ainsi un point de rencontre presque naturel entre Nord et Sud.
« Personne n’est propriétaire de l’Église »
La formule la plus forte de Mgr Castro Castro ne concernait pourtant pas directement la migration.
Il a rappelé que personne n’est propriétaire de l’Église.
Ni une conférence épiscopale.
Ni le Mexique.
Ni les États-Unis.
Ni aucun autre pays.
La formule touche directement une tension ancienne du catholicisme américain : celle entre universalité de l’Église et appartenances nationales.
Être catholique et patriote n’est pas contradictoire
L’Église ne demande pas l’effacement des nations.
Le catholicisme possède au contraire une longue réflexion sur la patrie, le bien commun, les frontières et l’autorité politique.
Un État peut réglementer l’immigration.
Mais la logique chrétienne rappelle simultanément que l’étranger conserve sa dignité humaine.
Les deux affirmations doivent être tenues ensemble.
C’est précisément ce qui rend le débat difficile.
Le risque de transformer la migration en slogan
Aux États-Unis, l’immigration est devenue un marqueur politique majeur.
Chaque camp possède ses mots.
Frontière.
Sécurité.
Déportation.
Sanctuaire.
Droits.
Illégalité.
Accueil.
Mais une pastorale catholique ne peut se contenter d’importer les slogans d’un parti.
Elle doit regarder la personne concrète.
Et aussi reconnaître les responsabilités légitimes de l’État.
Trois pays, trois sensibilités
Le Canada, les États-Unis et le Mexique ne vivent pas la migration de la même manière.
Le Mexique est à la fois pays d’origine, de transit et de destination.
Les États-Unis constituent l’un des principaux pôles d’attraction migratoire au monde.
Le Canada possède encore une autre politique et une autre géographie migratoires.
La recherche d’une parole commune ne peut donc fonctionner qu’en acceptant ces différences.
C’est pourquoi la rencontre est intéressante
Elle ne produit pas encore une grande déclaration politique commune.
Et c’est peut-être préférable.
Elle crée d’abord des habitudes de travail.
Les évêques se connaissent.
Comparent leurs expériences.
Écoutent les difficultés des diocèses voisins.
Cherchent les projets qu’ils peuvent réellement mener ensemble.
L’unité commence souvent moins par un texte spectaculaire que par une coopération régulière.
Une Église nord-américaine ?
Il ne s’agit évidemment pas de fusionner les trois conférences épiscopales.
Mais la question mérite d’être posée.
Les catholiques du Canada, des États-Unis et du Mexique appartiennent à des cultures différentes.
Pourtant, leurs populations circulent.
Leurs familles se mélangent.
Leurs prêtres se déplacent.
Leurs problèmes pastoraux deviennent communs.
Une conscience catholique nord-américaine pourrait donc progressivement se développer sans supprimer les identités nationales.
La frontière peut devenir un lieu ecclésial
On considère généralement la frontière comme une limite.
Pour l’Église, elle peut aussi devenir un lieu de rencontre.
Deux diocèses séparés par une frontière internationale peuvent parfois avoir davantage de réalités communes que deux diocèses situés aux extrémités d’un même pays.
La migration oblige ainsi l’Église à penser selon une géographie différente de celle des États.
Une première rencontre
Vatican News présente cette expérience comme une première rencontre de ce type entre représentants des trois épiscopats.
C’est peut-être son élément le plus important.
Si l’expérience se poursuit, Cuernavaca pourrait apparaître rétrospectivement comme le début d’une coopération régionale beaucoup plus structurée.
Les migrations auront alors joué un rôle paradoxal.
Elles auront créé des tensions politiques entre les pays.
Mais elles auront aussi poussé leurs Églises à travailler davantage ensemble.
Note culturelle : Cuernavaca, entre Mexique ancien et christianisme
Cuernavaca, capitale de l’État de Morelos, possède une histoire catholique ancienne liée à l’évangélisation du Mexique au XVIe siècle.
Sa cathédrale est issue d’un ancien ensemble franciscain.
Choisir cette ville pour réfléchir aux déplacements humains n’est donc pas anodin : elle appartient elle-même à cette histoire où missions, cultures et populations se rencontrent.
Vidéo
Je n’ai pas trouvé de vidéo officielle directement consacrée à l’ensemble de la rencontre de Cuernavaca suffisamment documentée pour la recommander. Je préfère ne pas remplacer ce manque par une vidéo générale sur l’immigration.
Sources
Vatican News — La migration au cœur de la rencontre des évêques d’Amérique du Nord
CELAM — Les évêques du Mexique, des États-Unis et du Canada envisagent une action commune
Pour aller plus loin
Frontière, patriotisme et tradition : trois défis pour le catholicisme américain
Les jésuites américains réorganisent leurs noviciats : la fin d’un modèle ?
Je m’arrête à ces deux articles : ce sont les permaliens individuels pertinents dont nous avons actuellement la vérification, plutôt que d’ajouter artificiellement deux liens moins sûrs.
Commenter / S’abonner
Les épiscopats du Canada, des États-Unis et du Mexique devraient-ils créer une coopération permanente sur les migrations et les communautés catholiques transfrontalières ?
Partagez votre avis dans les commentaires et abonnez-vous à God Bless Catholic America.
Commentaires
Enregistrer un commentaire