De Minneapolis à Damas : un prêtre maronite d’Amérique devient archevêque en Syrie
Sharbel Maroun quitte le Minnesota pour l’une des plus anciennes chrétientés du monde
Saint du jour : saint Grégoire le Grand
Le 3 septembre, l’Église célèbre saint Grégoire le Grand, pape et docteur de l’Église.
Son pontificat fut profondément missionnaire. En 596, il envoya le moine Augustin et ses compagnons évangéliser les Anglo-Saxons, donnant naissance à une nouvelle étape de l’histoire du christianisme occidental.
Quatorze siècles plus tard, les routes de la mission peuvent fonctionner dans l’autre sens.
Un prêtre venu d’une Église orientale installée aux États-Unis quitte aujourd’hui l’Amérique pour servir l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du Proche-Orient.
Summary
Chorbishop Sharbel Maroun, pastor of St. Maron Maronite Catholic Church in Minneapolis, has been elected Maronite Archbishop of Damascus, Syria. His appointment creates a striking bridge between American Catholicism and one of Christianity’s oldest Middle Eastern communities. Born in Lebanon and formed in the Maronite tradition, Maroun has spent decades serving Catholics in the United States. His return to the Middle East illustrates a remarkable reversal in the history of migration: diaspora churches, once dependent on clergy from their ancestral homelands, can now provide pastors for those same historic churches.
Un curé du Minnesota appelé à Damas
L’annonce est spectaculaire par sa géographie.
Le chorévêque Sharbel Maroun, jusqu’ici curé de l’église maronite Saint-Maron de Minneapolis, a été choisi comme nouvel archevêque maronite de Damas.
Il quittera donc le Minnesota pour la Syrie.
Des États-Unis vers le Moyen-Orient.
D’une communauté de diaspora vers l’une des villes les plus anciennes du christianisme.
À première vue, le déplacement pourrait sembler être un simple changement de poste ecclésiastique.
Il raconte en réalité une histoire beaucoup plus vaste.
Les Maronites d’Amérique ne sont plus seulement une diaspora
Pendant plus d’un siècle, les Églises orientales implantées aux États-Unis ont largement dépendu de leurs pays d’origine.
Des prêtres arrivaient du Liban.
Des religieux venaient du Moyen-Orient.
Ils desservaient les familles immigrées.
Ils construisaient des églises.
Ils transmettaient une liturgie et une identité aux nouvelles générations.
Aujourd’hui, le mouvement peut s’inverser.
Une communauté implantée aux États-Unis peut rendre un pasteur à l’Église dont elle est historiquement issue.
Qui est Sharbel Maroun ?
Sharbel Maroun est une figure bien connue du catholicisme maronite américain.
Né au Liban, il a consacré une partie importante de son ministère sacerdotal aux États-Unis.
Il est notamment devenu le pasteur de St. Maron Maronite Catholic Church, à Minneapolis.
Cette paroisse appartient à l’éparchie maronite Notre-Dame-du-Liban de Los Angeles, qui couvre une vaste partie du territoire américain.
Le titre de chorévêque qu'il portait avant sa nomination est une dignité propre à plusieurs traditions chrétiennes orientales, accordée à certains prêtres exerçant des responsabilités importantes.
Mais qu’est-ce qu’un catholique maronite ?
Pour beaucoup d’Américains, le catholicisme reste spontanément associé au rite latin.
Pourtant, l’Église catholique est une communion de plusieurs Églises de traditions différentes.
L’Église maronite est l’une d’elles.
Elle possède sa propre liturgie.
Sa propre spiritualité.
Son propre droit particulier.
Son propre patriarche.
Elle est pleinement catholique et en communion avec l’évêque de Rome.
Une tradition profondément liée au Liban
Les Maronites tirent leur nom de saint Maron, ermite du IVe et du début du Ve siècle.
Le mouvement monastique qui se réclama de lui s’enracina progressivement dans les montagnes du Liban.
Au fil des siècles, les Maronites développèrent une identité religieuse particulièrement forte.
Leur liturgie appartient à la tradition syriaque antiochienne.
Elle conserve notamment l’usage du syriaque, langue issue de l’araméen.
Puis vint l’Amérique
À partir de la fin du XIXe siècle, de nombreux habitants du Levant émigrèrent vers les Amériques.
Parmi eux se trouvaient de nombreux Maronites.
Ils s’installèrent à New York, Boston, Detroit, Cleveland, dans les villes industrielles de Pennsylvanie et jusque dans le Midwest.
Ils apportèrent avec eux leurs dévotions, leur cuisine, leurs familles et leur liturgie.
Les premières communautés maronites américaines furent souvent très modestes.
Elles sont aujourd’hui durablement enracinées.
Minneapolis, destination improbable
Le Minnesota n’est pas le lieu auquel on pense spontanément lorsqu’on évoque les chrétiens du Liban.
Pourtant, les migrations ont dessiné une géographie inattendue du christianisme oriental américain.
Une paroisse maronite peut désormais exister au milieu du Midwest.
On y célèbre une liturgie héritée d’Antioche.
On y prie dans une tradition née au Proche-Orient.
Des enfants américains y découvrent qu’être catholique ne signifie pas nécessairement appartenir au rite romain.
Saint-Maron de Minneapolis est l’un de ces ponts.
Et maintenant Damas
La destination de Sharbel Maroun possède une force symbolique exceptionnelle.
Damas appartient à la géographie même du Nouveau Testament.
C’est sur la route de Damas que Saul, futur saint Paul, rencontre le Christ.
C’est à Damas qu’Ananie reçoit la mission d’aller le chercher.
La ville devient ainsi dès les origines l’un des lieux symboliques de l’expansion du christianisme.
Près de deux mille ans plus tard, une présence chrétienne y demeure.
Une présence devenue fragile
Mais le christianisme syrien a profondément souffert.
La guerre commencée en 2011 a provoqué destructions, déplacements et émigration massive.
De nombreuses familles chrétiennes ont quitté le pays.
Certaines se sont installées au Liban.
D’autres en Europe.
Au Canada.
En Australie.
Aux États-Unis.
Les communautés historiques ont parfois perdu une part considérable de leur population.
L’archevêque de Damas n’hérite donc pas d’un siège confortable.
Il faut maintenir une communauté vivante
Le défi n’est pas seulement de conserver des bâtiments.
Une cathédrale restaurée ne suffit pas à faire une Église.
Il faut des familles.
Des enfants.
Des prêtres.
Des écoles.
Des œuvres sociales.
Des vocations.
Des jeunes capables d’imaginer leur avenir dans le pays.
Le nouvel archevêque devra donc participer à une tâche beaucoup plus large : empêcher que le christianisme syrien ne devienne progressivement un patrimoine sans population.
L’expérience américaine peut-elle servir ?
C’est ici que le parcours de Sharbel Maroun devient particulièrement intéressant.
Un prêtre ayant vécu aux États-Unis connaît une Église de diaspora.
Il sait ce que signifie maintenir une identité religieuse dans une société où sa communauté est minoritaire.
Il connaît également les mécanismes d’une Église reposant fortement sur l’engagement des laïcs.
Il a vu comment une tradition orientale peut survivre loin de son territoire historique.
Cette expérience pourrait devenir précieuse à Damas.
Mais Damas n’est pas Minneapolis
Il ne faudrait pourtant pas imaginer que les méthodes américaines peuvent être simplement importées en Syrie.
Les contextes sont radicalement différents.
La situation économique syrienne demeure difficile.
Les conséquences de la guerre sont profondes.
Les rapports entre communautés religieuses obéissent à une histoire particulière.
Les structures politiques ne sont pas celles des États-Unis.
Le nouvel archevêque devra donc redevenir profondément syrien tout en utilisant ce que son expérience américaine lui a appris.
Une migration ecclésiale inversée
Pendant des décennies, le scénario habituel était simple.
Le Moyen-Orient envoyait des prêtres aux communautés orientales installées en Occident.
Aujourd’hui apparaît parfois le mouvement inverse.
Les diasporas sont devenues suffisamment mûres pour contribuer à la vie des Églises d’origine.
C’est un changement majeur.
La diaspora n’est plus seulement la conséquence de l’affaiblissement démographique des chrétientés orientales.
Elle peut devenir l’une de leurs ressources.
Les États-Unis, refuge et pépinière
L’Amérique a accueilli des générations de chrétiens orientaux.
Maronites.
Melkites.
Chaldéens.
Arméniens.
Syriaques.
Ukrainiens.
Roumains.
Au départ, ces communautés cherchaient surtout à survivre culturellement.
Puis elles ont construit des paroisses et des diocèses.
Elles ont formé leurs propres prêtres.
Elles ont produit leurs propres institutions.
Elles commencent désormais à participer pleinement aux échanges de personnes et de vocations à l’intérieur de l’Église universelle.
Une leçon pour le catholicisme américain
La nomination de Sharbel Maroun rappelle aussi aux catholiques latins américains que leur Église est beaucoup plus diverse qu’ils ne l’imaginent parfois.
Un catholique maronite n’est pas un orthodoxe rattaché occasionnellement à Rome.
Il n’est pas davantage un catholique latin utilisant une liturgie exotique.
Il appartient à une Église catholique orientale possédant sa propre tradition.
Cette diversité fait partie de la catholicité elle-même.
Le syriaque au pays de l’anglais
Dans certaines liturgies maronites américaines, l’anglais côtoie l’arabe et le syriaque.
Ce mélange linguistique raconte toute l’histoire de la communauté.
Le syriaque rattache les fidèles à l’antique christianisme d’Antioche.
L’arabe rappelle leur histoire moderne au Liban et au Levant.
L’anglais raconte leur implantation américaine.
Un enfant né dans le Minnesota peut ainsi entendre dans sa paroisse des mots appartenant à l’une des plus anciennes traditions liturgiques du christianisme.
Et maintenant, retour vers la source
Avec Sharbel Maroun, cette histoire effectue presque une boucle.
Une tradition née au Proche-Orient traverse l’Atlantique.
Elle s’enracine aux États-Unis.
Elle y forme des communautés.
Puis l’un de ses pasteurs traverse de nouveau l’océan pour servir le Proche-Orient.
Ce n’est donc pas exactement un retour.
C’est une circulation.
L’Église universelle fonctionne ainsi
L’histoire catholique a toujours connu ces déplacements.
Des missionnaires irlandais évangélisèrent le continent européen.
Des Européens partirent vers l’Amérique.
Des prêtres africains desservent aujourd’hui des paroisses françaises.
Des Philippins font vivre des communautés catholiques du Golfe.
Et un prêtre maronite ayant exercé à Minneapolis devient archevêque à Damas.
La géographie catholique n’est jamais définitivement fixée.
Une nomination porteuse d’espérance
Le christianisme syrien reste fragile.
L’émigration ne s’arrêtera pas par une nomination épiscopale.
Les difficultés économiques ne disparaîtront pas.
Les blessures de la guerre resteront longtemps.
Mais le choix d’un pasteur ayant l’expérience de la diaspora possède une signification.
Il affirme que les communautés dispersées et les communautés demeurées au pays ne constituent pas deux mondes séparés.
Elles appartiennent à la même Église.
De Minneapolis à la route de saint Paul
Sharbel Maroun quittera donc une paroisse américaine pour Damas.
Il laissera derrière lui une communauté qui devra apprendre à vivre sans son pasteur.
Il rejoindra une autre communauté qui l’attend.
Entre les deux se trouve toute l’histoire contemporaine des chrétiens d’Orient.
Exil.
Diaspora.
Transmission.
Retour.
Mission.
Et peut-être cette conviction profondément catholique :
aucune Église locale ne vit uniquement pour elle-même.
Note culturelle : pourquoi dit-on « chorévêque » ?
Le titre de chorévêque, du grec chôrepiskopos, signifie littéralement « évêque de campagne ».
Dans l’Antiquité chrétienne, les chorévêques assistaient les évêques des villes en exerçant certaines responsabilités dans les zones rurales.
Le titre a évolué différemment selon les traditions.
Dans plusieurs Églises catholiques orientales, notamment chez les Maronites, il peut aujourd’hui être accordé honorifiquement à un prêtre ayant exercé d’importantes responsabilités ecclésiales.
Un chorévêque n’est donc pas nécessairement un évêque sacramentellement ordonné.
Sharbel Maroun devra désormais recevoir la consécration épiscopale correspondant à sa nouvelle charge d’archevêque.
Vidéo
Aucune vidéo récente directement consacrée à la nomination de Sharbel Maroun à Damas n’a pu être vérifiée avec suffisamment de certitude. Mieux vaut ne pas proposer un lien générique sans rapport direct avec l’événement.
Sources
Éparchie maronite Notre-Dame-du-Liban de Los Angeles
Pour aller plus loin
Frontière, patriotisme et tradition : trois défis pour le catholicisme américain
Les jésuites américains réorganisent leurs noviciats : la fin d’un modèle ?
Commenter / S’abonner
Les diasporas chrétiennes d’Amérique peuvent-elles contribuer demain au renouveau des anciennes chrétientés du Moyen-Orient ?
Partagez votre avis dans les commentaires et abonnez-vous à God Bless Catholic America.
Commentaires
Enregistrer un commentaire