25 ans après le 11-Septembre, la foi catholique demeure au Pentagone
À l’endroit même où le vol 77 frappa le bâtiment, une chapelle abrite aujourd’hui le Saint-Sacrement et accueille la messe chaque jour ouvrable
Fête du jour : la Nativité de la Vierge Marie
Le 8 septembre, les catholiques américains célèbrent avec toute l’Église la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie.
Marie naît dans le silence, sans puissance politique ni militaire. Pourtant, cette naissance prépare pour les chrétiens l’entrée du Christ dans l’histoire.
À quelques jours du 25e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, cette fête rappelle une autre logique que celle de la violence : l’espérance chrétienne commence souvent par quelque chose de petit, fragile et presque invisible.
Summary
Twenty-five years after the September 11 attacks, Catholic life remains remarkably present inside the Pentagon. American Airlines Flight 77 struck the building at 9:37 a.m., killing 184 people at the Pentagon and aboard the aircraft. A memorial chapel was later built at the impact site and opened on the first anniversary of the attack. Today the Eucharist is reserved there, weekday Mass is celebrated at 11:30 a.m., and confession is available before and after Mass. For Catholics working at the Pentagon, remembrance is therefore not only historical: it has become part of a continuing life of prayer.
184 bancs face au Pentagone
Il n’y a pas de grande statue au mémorial du Pentagone.
Il y a 184 bancs d’acier inoxydable.
Un pour chaque personne morte sur ce site le 11 septembre 2001.
Chacun porte le nom et l’âge d’une victime.
Sous le banc, un petit bassin d’eau.
Et même leur orientation raconte ce qui s’est passé.
Les bancs correspondant aux victimes présentes dans le Pentagone regardent vers le bâtiment.
Ceux des personnes qui se trouvaient dans l’avion sont orientés dans la direction suivie par l’appareil avant l’impact.
9 h 37
À 9 h 37, le vol American Airlines 77 percuta le Pentagone.
Les 125 personnes présentes dans le bâtiment qui périrent dans l’attaque s’ajoutèrent aux 53 passagers et six membres d’équipage de l’avion.
Au total : 184 morts sur le site du Pentagone.
Dans l’ensemble des attentats du 11-Septembre, 2 977 personnes furent tuées à New York, au Pentagone et à Shanksville.
Vingt-cinq ans ont passé.
Une façade légèrement différente
Le Pentagone fut reconstruit.
Aujourd’hui, la partie restaurée reste légèrement plus claire que le reste de l’immense bâtiment.
Pour celui qui connaît l’histoire, cette différence discrète suffit.
La blessure architecturale a été réparée.
Mais elle reste lisible.
Comme une cicatrice.
Et une chapelle est apparue
L’histoire catholique du lieu devient alors étonnante.
Avant le 11-Septembre, les messes catholiques du Pentagone étaient célébrées dans un grand auditorium.
Un autel était installé sur la scène.
Après l'attentat, les autorités décidèrent de créer un mémorial intérieur et une chapelle à l’endroit même de l’impact.
Elle ouvrit le 11 septembre 2002, pour le premier anniversaire de l’attaque.
Le Saint-Sacrement demeure là où l’avion a frappé
Pour un catholique, le détail change complètement la signification du lieu.
La chapelle possède une sacristie.
Un tabernacle.
Et l’Eucharistie y est présente en permanence.
Un espace associé à la mort est ainsi devenu un lieu de prière quotidienne.
Non pas pour effacer ce qui s’est passé.
Mais pour l’inscrire dans une autre espérance.
« Le Seigneur est là »
Steven Jarvis, ancien membre de l’US Air Force travaillant désormais au soutien des chefs d’état-major interarmées, raconte qu’il s’agenouille devant la porte de la chapelle le matin et à la fin de la journée.
Pourquoi ?
Parce qu’il sait que le Christ est présent dans le tabernacle.
Le geste est extrêmement simple.
Dans l’un des centres nerveux de la puissance militaire américaine, un homme s’agenouille.
La messe tous les jours ouvrables
La communauté catholique du Pentagone n’est pas seulement mémorielle.
Elle est vivante.
La messe est célébrée à 11 h 30 chaque jour de semaine.
La confession est proposée avant et après.
Deux communautés religieuses assurent les célébrations.
Environ 25 à 35 personnes participent habituellement à la messe quotidienne.
La communauté catholique du Pentagone compte environ 175 membres.
Pour les grandes fêtes, il faut retourner dans l’auditorium
La chapelle devient même trop petite à certaines occasions.
Le mercredi des Cendres et les fêtes d’obligation, la communauté retourne dans le grand auditorium où les catholiques priaient avant 2001.
La boucle est presque parfaite.
Avant l’attentat : un auditorium faute de chapelle.
Après l’attentat : une chapelle.
Et lorsque les fidèles deviennent trop nombreux : retour à l’auditorium.
Une chapelle multiconfessionnelle
Le lieu n’appartient pas exclusivement aux catholiques.
La chapelle du Pentagone est multiconfessionnelle.
Mais la présence catholique y est particulièrement régulière en raison de la messe quotidienne et de la réserve eucharistique.
C’est aussi une particularité du monde militaire américain.
Des personnes de confessions différentes travaillent et servent dans la même institution.
Les aumôneries doivent donc conjuguer liberté religieuse et contraintes militaires.
Le 11-Septembre a changé l’Amérique
Les conséquences de 2001 dépassent évidemment le Pentagone.
Sécurité renforcée.
Contrôles dans les aéroports.
Guerres en Afghanistan et en Irak.
Transformation du renseignement.
Patriot Act.
Une génération entière a grandi avec l’idée qu’un attentat majeur pouvait survenir sur le territoire américain.
La réponse politique et militaire à ces attaques continue d’être débattue.
Mais la chapelle raconte une autre réponse
Elle ne répond pas à la question :
comment vaincre un ennemi ?
Elle répond à une autre :
que fait-on d’un lieu où des hommes sont morts ?
La réponse chrétienne n’est pas de nier la violence.
Elle est de refuser de lui laisser le dernier mot.
À l’endroit de l’impact, on célèbre désormais la messe.
Patriotisme et christianisme ne sont pas identiques
Le Pentagone est évidemment l’un des plus puissants symboles de l’État américain.
La chapelle se trouve donc au cœur d’une tension intéressante pour le catholicisme américain.
Un chrétien peut aimer sa patrie.
Servir dans ses forces armées.
Prier pour ses dirigeants.
Honorer ses morts.
Mais l’Évangile ne peut être réduit au patriotisme.
Le Christ n’appartient pas aux États-Unis.
La prière empêche précisément cette confusion
La présence d’une chapelle au Pentagone n’a de sens chrétien que si elle rappelle que même la puissance militaire reste soumise à un jugement moral.
Toutes les guerres ne sont pas justes.
Tous les moyens ne sont pas permis.
L’ennemi reste un être humain.
La paix demeure l’objectif.
La tradition catholique sur la guerre juste a précisément tenté de poser ces limites.
Les victimes ne doivent pas devenir des arguments
Le danger des grandes commémorations nationales consiste à transformer les morts en instruments politiques.
Les victimes du 11-Septembre étaient d’abord des personnes.
Parents.
Enfants.
Époux.
Épouses.
Collègues.
Amis.
La prière chrétienne permet de revenir à cette singularité.
Un nom.
Un visage.
Une âme.
C’est aussi ce que font les 184 bancs
Le mémorial refuse la masse anonyme.
Chaque banc correspond à quelqu’un.
L’âge est indiqué.
Le visiteur découvre ainsi des vies interrompues à des moments différents.
La mémoire nationale redevient personnelle.
Un quart de siècle
Vingt-cinq ans constituent une frontière.
Un militaire de 25 ans travaillant aujourd’hui au Pentagone n’était pas encore né lors des attentats.
Pour lui, le 11-Septembre appartient déjà à l’histoire.
Pour un collègue de 55 ans, il peut appartenir à la mémoire personnelle.
Les institutions doivent donc progressivement transmettre un événement vécu à une génération qui ne l’a pas connu.
La liturgie possède justement cette capacité
Le christianisme vit constamment de cette transmission.
La messe ne se contente pas de raconter un événement passé.
Elle fait mémoire.
Cette notion de mémoire liturgique peut aider à comprendre la présence catholique au Pentagone.
On ne prie pas uniquement parce que quelque chose s’est produit en 2001.
On prie aujourd’hui.
Une petite lumière au centre de la puissance
Le contraste est presque cinématographique.
Autour : salles de commandement, dossiers militaires, cartes stratégiques, décisions de sécurité nationale.
Au milieu : une petite chapelle.
Un tabernacle.
Quelques bancs.
Un prêtre.
Vingt-cinq ou trente personnes à la messe.
L’Amérique militaire continue son travail.
Et, pendant quelques minutes, certains s’arrêtent.
Le 11-Septembre n’a donc pas laissé seulement un mémorial
Il a laissé une communauté.
Des volontaires catholiques organisent encore aujourd’hui la vie de la chapelle.
Des prêtres y confessent.
L’Eucharistie y est célébrée.
Des employés y entrent pour prier.
Vingt-cinq ans après, la foi catholique au Pentagone n’est donc pas seulement le souvenir religieux d’une catastrophe.
Elle est une présence quotidienne.
Là où la mort frappa, une présence demeure
C’est probablement l’image à retenir à l’approche du 11 septembre 2026.
La façade a été reconstruite.
Les morts ont leurs 184 bancs.
Et à proximité immédiate de l’endroit où l’avion entra dans le bâtiment, une lampe indique qu’un tabernacle contient le Saint-Sacrement.
La violence a marqué le lieu.
Elle ne l’a pas possédé pour toujours.
Note culturelle : pourquoi les bancs du mémorial n’ont-ils pas tous la même orientation ?
Le mémorial extérieur du Pentagone a été conçu de manière à raconter la trajectoire des victimes.
Les bancs dédiés aux personnes tuées dans le Pentagone sont orientés vers le bâtiment.
Ceux dédiés aux passagers et membres d’équipage du vol 77 sont orientés selon la trajectoire de l’avion.
Le visiteur peut ainsi comprendre la catastrophe simplement en regardant l’organisation du mémorial.
Vidéo
Pour cet article, je privilégierais une vidéo institutionnelle du Pentagone ou de l’aumônerie militaire spécifiquement consacrée au 25e anniversaire. Je n’en ajoute pas une au hasard tant qu’un lien direct fiable n’est pas vérifié.
Sources
OSV News : Catholic faith endures at Pentagon 25 years after 9/11
Pour aller plus loin
Frontière, patriotisme et tradition : trois défis pour le catholicisme américain
Les jésuites américains réorganisent leurs noviciats : la fin d’un modèle ?
Je préfère rester à ces permaliens individuels déjà vérifiés plutôt que d’inventer l’adresse d’anciens articles plus proches du sujet.
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Vingt-cinq ans après le 11-Septembre, comment transmettre la mémoire des victimes sans transformer leur souvenir en justification automatique des choix politiques et militaires qui ont suivi ?
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