Texas : l’archevêque de San Antonio appelle les catholiques à rejoindre les migrants gagnés par la peur

 

Dans une lettre pastorale adressée à ses 135 paroisses, Mgr Gustavo García-Siller demande de défendre la dignité des migrants, de développer des ministères d’accompagnement et de ne pas laisser la peur des contrôles éloigner les familles des sacrements.





Saint du jour


Saint Jean-Marie Vianney, patron de nombreuses paroisses américaines

L’Église célèbre le 4 août saint Jean-Marie Vianney, mort à Ars en 1859. S’il est français, sa mémoire s’est profondément enracinée dans le catholicisme américain : de nombreuses paroisses, écoles et séminaires des États-Unis portent son nom.

Le curé d’Ars ne resta pas un administrateur attendant les fidèles derrière la porte de son église. Il visita les habitants, enseigna les enfants et rechercha ceux qui s’étaient éloignés de la pratique religieuse.

Son exemple éclaire directement l’appel lancé à San Antonio. Lorsque des familles craignent de se déplacer ou de recevoir les sacrements, la paroisse ne peut se contenter d’affirmer que ses portes demeurent ouvertes. Elle doit trouver les moyens prudents et concrets d’aller jusqu’à elles.


Résumé en anglais

Archbishop Gustavo García-Siller of San Antonio has issued a pastoral letter calling Catholics to stand with migrants and families living in fear of immigration enforcement. Entitled “We Will Come to You: United in Solidarity with Our Brothers and Sisters in Migration,” the document rests on four pillars: human dignity, recognizing Christ in every person, forming ministries that serve migrants and advocating for the common good. The archbishop warns that some families are now afraid even to attend Mass or receive the sacraments. Resources will be distributed to the archdiocese’s 135 parishes ahead of the World Day of Migrants and Refugees. The letter does not deny the state’s right to regulate borders. It asks a more immediate Christian question: when fear isolates a family, will the Church wait behind its doors, or will it go to them?


Article

À San Fernando Cathedral, au cœur de San Antonio, Mgr Gustavo García-Siller a publié une lettre pastorale entièrement consacrée aux migrants et aux familles touchées par le durcissement des contrôles migratoires.

Le texte porte un titre qui constitue déjà un programme : We Will Come to You, « Nous viendrons jusqu’à vous ».

L’archevêque ne demande donc pas seulement aux migrants de trouver le chemin d’une paroisse ou d’un organisme caritatif. Il demande à l’Église locale de les rejoindre lorsqu’ils sont empêchés de venir par la peur, l’isolement ou l’insécurité juridique.

Selon Mgr García-Siller, certaines familles redoutent désormais de participer à la messe, de recevoir les sacrements ou de se réunir avec leur communauté chrétienne. La crainte d’un contrôle, d’une arrestation ou d’une séparation familiale peut transformer chaque déplacement en risque.

La lettre fut rendue publique le 3 août, pendant la célébration du centenaire de l’élévation de San Antonio au rang d’archidiocèse métropolitain.

Cet anniversaire aurait pu donner lieu à un regard satisfait sur les institutions construites en un siècle. L’archevêque a choisi d’en faire un appel à sortir de celles-ci.

Le document s’organise autour de quatre principes : respecter la dignité humaine, reconnaître le Christ dans chaque personne, créer des ministères destinés à servir les migrants et agir publiquement en faveur du bien commun.

Le premier principe interdit de réduire une personne à son statut administratif.

La distinction entre séjour légal et séjour irrégulier demeure pertinente pour l’État. Elle ne permet toutefois pas au chrétien de conclure que l’étranger en situation irrégulière aurait perdu sa dignité, son droit à la sécurité ou sa qualité de prochain.

Une personne peut avoir franchi une frontière sans autorisation, dépassé la durée de son visa ou reçu une décision d’éloignement. Elle demeure une personne humaine, avec une famille, une histoire et des droits fondamentaux.

Le deuxième principe relève directement de l’Évangile. Reconnaître le Christ dans l’étranger ne signifie pas approuver toutes les politiques migratoires ni supprimer toute frontière. Cela signifie que le traitement réservé à l’étranger possède une dimension spirituelle et morale.

La frontière ne suspend pas le jugement de Matthieu 25 : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. »

Le troisième pilier doit conduire à des réalisations concrètes. L’archidiocèse de San Antonio compte 135 paroisses. Des ressources de prière, de formation et d’action leur seront proposées, notamment à l’approche de la Journée mondiale du migrant et du réfugié.

Ces ministères pourront prendre des formes diverses : accompagnement juridique, aide alimentaire, transport, visites aux familles isolées, traduction, catéchèse adaptée et présence auprès des personnes détenues.

Ils devront également permettre aux migrants de participer eux-mêmes à la mission de l’Église. Les catholiques immigrés ne constituent pas seulement une population à secourir. Ils enseignent le catéchisme, entretiennent les paroisses, chantent dans les chorales, visitent les malades et transmettent souvent une pratique religieuse plus vivante que celle des communautés qui les accueillent.

Le quatrième pilier concerne la défense du bien commun.

L’archevêque présente sa lettre comme un document moral et pastoral, non comme l’adhésion à un parti. Cette distinction est importante, mais elle ne condamne pas l’Église au silence politique.

Lorsqu’une politique produit la peur, sépare des parents de leurs enfants ou empêche l’accès aux sacrements, les pasteurs ont le devoir d’en examiner les conséquences.

La doctrine catholique reconnaît aux États le droit et la responsabilité de contrôler leurs frontières. Elle affirme simultanément que les personnes doivent pouvoir migrer lorsqu’elles ne peuvent vivre dignement dans leur pays et que toute application de la loi doit respecter la vie familiale et les droits humains.

Ces deux affirmations créent une tension que les slogans résolvent mal.

Dire « ouvrez toutes les frontières » évite de penser les capacités d’accueil, l’intégration et la sécurité. Dire « qu’ils rentrent chez eux » évite de regarder les guerres, la pauvreté, les liens familiaux et la contribution de ceux qui vivent parfois depuis des décennies aux États-Unis.

San Antonio connaît intimement cette complexité.

La ville se trouve à environ 240 kilomètres de la frontière mexicaine. Son histoire, sa culture et sa pratique catholique ont été profondément formées par les populations hispaniques. Beaucoup de familles sont composées à la fois de citoyens américains, de résidents réguliers et de personnes dépourvues de statut stable.

Une arrestation ne concerne donc pas seulement un individu. Elle peut priver une famille de revenu, laisser des enfants américains sans l’un de leurs parents et faire basculer un foyer entier dans la précarité.

La lettre paraît alors que les opérations de l’Immigration and Customs Enforcement se sont intensifiées. Les responsables catholiques doivent désormais répondre à une question très pratique : comment accompagner une communauté qui craint que les lieux habituellement protecteurs ne deviennent des points d’exposition ?

Le titre choisi par Mgr García-Siller répond par un déplacement de la pastorale.

Si des fidèles ont peur de venir, l’Église doit aller vers eux.

Cette démarche ne peut être improvisée. Les prêtres et les bénévoles doivent connaître leurs responsabilités, éviter de donner des conseils juridiques inexacts et travailler avec des avocats compétents.

Les paroisses devront également résister à deux tentations opposées.

La première consisterait à limiter l’action de l’Église à une compassion discrète, sans jamais interroger les décisions publiques qui produisent l’injustice.

La seconde transformerait les communautés chrétiennes en simples relais militants, dans lesquels l’Évangile finirait par se confondre avec un programme partisan.

La lettre pastorale propose un autre chemin : partir de la dignité de la personne, servir concrètement, former les consciences et défendre les changements exigés par le bien commun.

Le 4 août, les catholiques américains célèbrent avec l’Église universelle saint Jean-Marie Vianney. Le curé d’Ars demeure une figure française, mais sa postérité américaine est considérable. Son nom a été donné à des paroisses, à des écoles et à des maisons de formation sacerdotale dans tout le pays.

Il est souvent représenté dans son confessionnal, accueillant les pèlerins venus jusqu’à Ars. Mais son ministère commença par la visite d’une paroisse qu’il devait apprendre à connaître.

La mission du prêtre n’est pas seulement de demeurer disponible derrière la porte de l’église. Elle consiste aussi à reconnaître pourquoi certaines personnes ne la franchissent plus.

À San Antonio, ces portes peuvent être ouvertes et pourtant sembler dangereusement éloignées à une mère qui craint l’arrestation de son époux ou à un travailleur qui hésite à quitter son domicile.

« Nous viendrons jusqu’à vous » ne constitue donc pas seulement une formule généreuse. C’est une promesse qui engage tout l’archidiocèse.

Il faudra maintenant vérifier si les 135 paroisses disposent des personnes, des compétences et du courage nécessaires pour la tenir.


Note culturelle

La cathédrale San Fernando fut fondée au XVIIIe siècle par des familles venues des îles Canaries. Elle compte parmi les plus anciennes cathédrales encore actives des États-Unis.

Son histoire résume une partie de celle de San Antonio : influences espagnoles, mexicaines, amérindiennes et américaines s’y rencontrent depuis plusieurs siècles.

Publier une lettre consacrée aux migrations dans ce sanctuaire rappelle que les communautés aujourd’hui considérées comme anciennes furent elles-mêmes formées par des déplacements de population.


Sources

Archidiocèse de San Antonio : texte de la lettre pastorale « We Will Come to You »

Archidiocèse de San Antonio : présentation officielle de la lettre

Communiqué officiel de l’archidiocèse de San Antonio

San Antonio Express-News : l’archevêque appelle les catholiques à soutenir leurs voisins immigrés


Pour aller plus loin

New York : la justice protège provisoirement quatre communautés religieuses

Philadelphie : les catholiques retrouvent les vêpres de 1776

Washington renforce ses directives sur la liberté religieuse

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Les paroisses doivent-elles organiser des visites et des célébrations destinées aux familles qui craignent de se déplacer ? Comment l’Église peut-elle défendre les migrants sans se laisser enfermer dans les divisions partisanes américaines ?

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