New York : la justice protège provisoirement quatre congrégations de la loi sur le suicide assisté

 

Un tribunal fédéral empêche temporairement l’État de contraindre des religieuses soignantes à faciliter des suicides médicalement assistés contraires à leur foi et à leur mission.






Saint du jour

Sainte Lydie de Thyatire, première chrétienne d’Europe

Marchande de pourpre installée à Philippes, Lydie écouta saint Paul annoncer l’Évangile au bord d’une rivière, reçut le baptême avec sa famille et accueillit les missionnaires dans sa maison.

Les Actes des Apôtres montrent ainsi une femme active dans le commerce, maîtresse de sa demeure et engagée dans la naissance d’une communauté chrétienne.

Son hospitalité n’était pas un simple geste privé. En ouvrant sa maison, Lydie donna à l’Église naissante un lieu où prier, enseigner et prendre soin de ses membres.


Résumé en anglais

A federal judge has temporarily protected four communities of Catholic women religious and their healthcare ministries from enforcement of New York’s Medical Aid in Dying Act. The Carmelite Sisters for the Aged and Infirm, Dominican Sisters of Hawthorne, Missionary Sisters of St. Benedict and Little Sisters of the Poor argue that the law could compel them to counsel patients about assisted suicide, make referrals or transfer residents to participating institutions. New York maintains that safeguards protect patient autonomy and medical conscience, but the sisters say indirect cooperation would still violate their faith. The temporary order does not settle the constitutional dispute. It does, however, raise a fundamental question: can a society authorize assisted suicide without forcing institutions founded to accompany the dying to participate in it?


Article

Un juge fédéral a temporairement protégé quatre congrégations religieuses féminines et plusieurs établissements catholiques contre l’application de la nouvelle loi de l’État de New York autorisant le suicide médicalement assisté.

La décision concerne les Carmélites pour les personnes âgées et infirmes, les Dominicaines de Hawthorne, les Sœurs missionnaires de saint Benoît et les Petites Sœurs des pauvres.

Ces communautés accueillent des personnes âgées, des malades atteints de cancers, des patients en soins palliatifs et des personnes disposant de faibles revenus. Leur mission consiste à accompagner les résidents jusqu’à leur mort naturelle, sans provoquer celle-ci ni les abandonner lorsqu’une guérison n’est plus possible.

La loi new-yorkaise, intitulée Medical Aid in Dying Act, doit entrer en vigueur le 5 août. Elle permet à certains adultes atteints d’une maladie incurable et dont l’espérance de vie est estimée à moins de six mois de demander une substance létale qu’ils devront s’administrer eux-mêmes.

Ses défenseurs présentent ce dispositif comme une extension de l’autonomie personnelle. Ils estiment qu’un malade capable de discernement devrait pouvoir décider des conditions de sa mort lorsque les souffrances ou la dégradation de son état lui paraissent devenues insupportables.

Les opposants répondent que cette liberté risque de devenir une pression exercée sur les personnes vulnérables. Une personne âgée, handicapée ou dépendante peut finir par considérer sa propre disparition comme un service rendu à sa famille ou à la collectivité.

Le contentieux ne porte cependant pas uniquement sur l’autorisation du suicide assisté. Il concerne la place des établissements qui refusent d’y participer.

Le texte affirme que les professionnels et certaines institutions peuvent ne pas prescrire directement les produits létaux. Mais les congrégations soutiennent que ses dispositions les obligeraient malgré tout à faciliter la démarche d’un résident, notamment par l’information, l’orientation, l’évaluation ou le transfert vers un autre établissement.

Pour les religieuses, cette coopération indirecte demeure moralement impossible. Elles considèrent qu’adresser un patient à une structure chargée de l’aider à mourir revient à participer à une chaîne dont l’issue est connue.

Le 17 juillet, les communautés ont donc engagé une procédure contre l’État de New York. Le 30 juillet, la juge fédérale Anne M. Naracci a rendu une ordonnance temporaire empêchant l’application de la loi à leur encontre. La procureure générale de l’État doit répondre à leur requête avant le 20 août.

Cette décision ne constitue pas encore un jugement définitif. Elle maintient la situation en l’état pendant que le tribunal examine les arguments constitutionnels des différentes parties.

L’affaire se situe au croisement de plusieurs libertés : liberté de conscience des soignants, liberté religieuse des institutions, autonomie des patients et responsabilité de l’État envers les personnes en fin de vie.

La difficulté provient du fait que ces libertés ne conduisent pas nécessairement à la même conclusion.

Pour les partisans de la loi, un établissement recevant et soignant des patients ne devrait pas pouvoir rendre inaccessible une pratique reconnue par l’État. Pour les religieuses, une autorisation légale ne crée pas le droit d’obliger une institution catholique à collaborer à ce qu’elle considère comme la suppression volontaire d’une vie.

L’État devra démontrer que ses protections de conscience sont suffisamment larges. Les congrégations chercheront au contraire à établir qu’elles ne peuvent rester fidèles à leur mission si elles doivent informer, conseiller ou transférer un malade dans le but précis de faciliter sa mort.

Cette controverse révèle une limite fréquente des débats sur le suicide assisté. La discussion commence par l’exception d’un malade incurable demandant librement à mourir. Elle atteint ensuite les médecins, les infirmiers, les pharmaciens, les maisons de retraite, les établissements confessionnels et tous ceux dont la coopération devient nécessaire.

Une liberté présentée comme strictement individuelle produit inévitablement des obligations pour d’autres personnes.

Les religieuses concernées ne proposent pas pour autant de prolonger artificiellement toutes les vies. L’enseignement catholique distingue l’euthanasie de l’arrêt de traitements devenus disproportionnés ou inutiles. Il reconnaît également la légitimité des médicaments contre la douleur, même lorsque ceux-ci peuvent avoir pour effet secondaire non recherché d’abréger la vie.

La différence porte sur l’intention : soulager la souffrance au risque d’une mort plus proche n’est pas provoquer la mort afin de supprimer la souffrance.

Cette distinction paraît parfois trop subtile dans un débat politique, mais elle structure depuis longtemps la pratique des soins palliatifs catholiques.

Les Dominicaines de Hawthorne, par exemple, accueillent gratuitement des personnes atteintes de cancers incurables. Leur œuvre repose sur l’idée que le malade ne cesse jamais d’être digne d’attention, même lorsqu’il ne peut plus être guéri, travailler ou rembourser le coût de ses soins.

Les Petites Sœurs des pauvres partagent une vocation semblable auprès des personnes âgées sans ressources. Pour elles, rester au chevet d’un mourant n’est pas un échec médical. C’est encore un acte humain et spirituel.

La crise contemporaine de la fin de vie ne peut d’ailleurs pas être réduite à une opposition entre liberté et religion. Elle dépend aussi de l’accès aux soins palliatifs, du coût des établissements, de la solitude des personnes âgées et de l’épuisement des familles.

Le choix de mourir est difficilement entièrement libre lorsqu’un malade ne dispose pas d’une prise en charge convenable, redoute une facture considérable ou pense être devenu un poids.

Une société peut inscrire de nombreuses garanties dans la loi. Elle doit encore vérifier ce qui se passe dans une chambre où une personne isolée interprète un silence, un soupir ou une difficulté financière comme une invitation discrète à disparaître.

La victoire judiciaire des religieuses reste provisoire. Elle rappelle néanmoins qu’un véritable pluralisme ne consiste pas seulement à permettre de nouvelles pratiques. Il consiste aussi à protéger ceux qui refusent d’y participer et qui proposent une autre manière d’affronter la souffrance.

New York devra désormais expliquer comment sa loi peut préserver simultanément la volonté des patients et la conscience des établissements religieux. Le tribunal devra déterminer si cette conciliation est réelle ou seulement écrite dans des dispositions trop étroites.

Au-delà du procès, une question demeure : voulons-nous offrir au malade la certitude que nous resterons avec lui, ou lui présenter sa propre mort comme l’une des solutions médicales disponibles ?


Note culturelle

Les Dominicaines de Hawthorne furent fondées par Rose Hawthorne Lathrop, fille de l’écrivain américain Nathaniel Hawthorne. Convertie au catholicisme, elle consacra sa vie aux personnes pauvres atteintes de cancers à une époque où la maladie suscitait encore une forte peur sociale.

Elle prit le nom religieux de Mère Marie-Alphonsa et ouvrit des maisons dans lesquelles les malades étaient accueillis gratuitement. Sa cause de canonisation est aujourd’hui étudiée par l’Église.


Sources

OSV News : un tribunal protège provisoirement les religieuses de la loi new-yorkaise

OSV News : les congrégations engagent une procédure contre l’État de New York

État de New York : texte et présentation du Medical Aid in Dying Act

Reuters : promulgation de la loi par la gouverneure Kathy Hochul


Pour aller plus loin

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Une loi autorisant le suicide assisté peut-elle réellement respecter la conscience des établissements qui refusent toute coopération ? Le développement des soins palliatifs devrait-il toujours précéder une telle réforme ?

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