Philadelphie : les catholiques retrouvent les vêpres de 1776 pour les 250 ans des États-Unis

 

À quelques pas du lieu où fut adoptée la Déclaration d’indépendance, environ 300 personnes ont participé à des vêpres latines reconstituées selon les usages musicaux du XVIIIe siècle. La célébration rappelle que les catholiques, bien que très minoritaires lors de la naissance des États-Unis, appartiennent pleinement à l’histoire américaine.







Saint du jour

Sainte Marthe, sainte Marie et saint Lazare de Béthanie

Marthe, Marie et Lazare étaient liés à Jésus par une profonde amitié. Leur maison de Béthanie fut pour le Christ un lieu d’accueil, de repos et de dialogue.

Marthe confesse la résurrection avant que son frère ne soit rappelé à la vie. Marie demeure aux pieds de Jésus pour écouter sa parole. Lazare devient le signe vivant de la victoire du Christ sur la mort.

Leur mémoire commune rappelle que la sainteté peut prendre naissance dans une maison ouverte à Dieu et aux autres.

Résumé en anglais

About 300 Catholics gathered at St. Augustine Church in Philadelphia for solemn Latin vespers reconstructed according to the music and worship practices known in the American colonies around 1776. The celebration marked the 250th anniversary of the United States and included psalms, hymns, the Magnificat, period instruments and a Te Deum of thanksgiving. The event recovered a largely forgotten history. Catholics were a small and frequently mistrusted minority at the time of American independence, yet they contributed to the nation from its earliest years. By allowing worship rather than political rhetoric to carry the commemoration, the celebration raised an important question: how can American Catholics love their country without confusing national identity with the Kingdom of God?

Article

À quelques centaines de mètres d’Independence Hall, où la Déclaration d’indépendance fut adoptée en 1776, l’église Saint-Augustin de Philadelphie a remonté le temps. Environ 300 personnes y ont participé à des vêpres solennelles en latin, reconstituées selon les formes musicales qu’auraient pu connaître les catholiques des treize colonies.

La célébration, organisée le 25 juillet par le Durandus Institute for Sacred Liturgy and Music, associait sept prêtres, un chœur, un orgue, des joueurs de fifre et de tambour ainsi que des participants vêtus comme des soldats de la guerre d’Indépendance.

Le programme comprenait cinq psaumes, des antiennes anciennes, des hymnes, le Magnificat, les oraisons de la fête de saint Jacques et un Te Deum d’action de grâce pour les 250 ans des États-Unis.

La musique s’appuyait notamment sur un recueil publié à Philadelphie par John Aitken en 1787, considéré comme le plus ancien livre de chants catholiques conservé aux États-Unis. Son contenu montre que les vêpres chantées n’étaient pas réservées à quelques spécialistes. Elles appartenaient à la vie religieuse que pouvaient connaître les fidèles des premières communautés américaines.

La reconstitution ne cherchait donc pas seulement à produire un beau spectacle historique. Elle voulait rappeler que la prière catholique était déjà présente lors de la formation de la République, même si les catholiques représentaient alors une petite minorité souvent soupçonnée de fidélité à une puissance étrangère.

La liberté religieuse américaine ne s’est pas imposée immédiatement comme une évidence. Plusieurs colonies avaient connu des restrictions contre les catholiques. Le Maryland, fondé au XVIIe siècle comme refuge relatif pour eux, avait lui-même traversé des périodes de persécution et d’interdiction du culte public.

La guerre d’Indépendance modifia progressivement leur situation. L’alliance avec la France catholique, l’engagement de soldats et d’officiers catholiques ainsi que la participation de personnalités comme le commodore John Barry contribuèrent à réduire certains préjugés.

George Washington lui-même soutint financièrement l’église Saint-Augustin, fondée en 1802. John Barry, souvent présenté comme le père de la marine américaine, participa également à son établissement. L’église devint la première implantation permanente des augustins aux États-Unis, ordre religieux auquel appartient aujourd’hui le pape Léon XIV.

Le choix de Saint-Augustin était donc particulièrement heureux. Le bâtiment réunit la mémoire de la naissance américaine, l’histoire de l’immigration catholique et une tradition augustinienne désormais associée au premier pape originaire des États-Unis.

L’événement remet aussi en lumière la Liturgie des Heures. Dans de nombreuses paroisses, les laïcs connaissent la messe, le chapelet ou l’adoration eucharistique, mais rarement les vêpres. Or cette prière des psaumes appartient à la liturgie officielle de l’Église. Elle relie chaque communauté à la prière quotidienne des catholiques du monde entier.

Célébrer un anniversaire national par les vêpres possède une signification différente d’une simple cérémonie patriotique. Il ne s’agit pas de canoniser l’histoire des États-Unis ni de présenter tous les choix du pays comme conformes à l’Évangile. Le Te Deum remercie Dieu pour les biens reçus, mais il place également la nation sous un jugement qui la dépasse.

Cette distinction demeure importante dans un pays où le christianisme se mêle facilement aux identités partisanes. Une foi absorbée par le nationalisme finit par bénir toutes les ambitions du pouvoir. Une foi qui méprise toute appartenance nationale oublie, à l’inverse, que les hommes vivent dans une histoire, une culture et une communauté politique concrètes.

Le catholicisme peut proposer une autre voie : aimer son pays sans en faire une idole, reconnaître ses réussites sans cacher ses fautes et servir le bien commun sans confondre la République avec le Royaume de Dieu.

La reconstitution historique révèle enfin une Amérique plus complexe que le récit habituel d’une nation exclusivement fondée par des protestants anglophones. Les catholiques étaient peu nombreux en 1776, mais ils n’étaient pas absents. Leur histoire commence bien avant les grandes immigrations irlandaise, allemande, italienne, polonaise ou mexicaine.

Pendant près de deux heures, les psaumes ont donc rendu leur place aux premiers catholiques américains. Les tambours évoquaient la révolution, mais le Magnificat rappelait discrètement que les puissants passent et que Dieu élève les humbles. Pour une commémoration nationale, la nuance n’est pas tout à fait inutile.

Note culturelle

John Adams, futur deuxième président des États-Unis, assista en 1774 à des vêpres catholiques dans l’église Old St. Mary de Philadelphie. Bien que protestant, il fut impressionné par l’orgue, le chœur et le chant de l’assemblée.

Son témoignage constitue une source précieuse sur la manière dont la liturgie catholique pouvait être perçue dans l’Amérique révolutionnaire. Elle apparaissait à la fois étrangère par sa langue et sa forme, mais fascinante par sa beauté musicale.

Sources

OSV News : des vêpres de 1776 célébrées à Philadelphie

Durandus Institute : programme des vêpres et du Te Deum

Catholic Review : les catholiques renouent avec la liturgie de l’époque révolutionnaire

Pour aller plus loin

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