L’Exorciste : le film d’horreur qui croyait encore au salut

 

Derrière les possessions, les cris et les effets devenus légendaires, William Peter Blatty racontait surtout la victoire d’un prêtre brisé qui retrouve la foi en donnant sa vie


Saint du jour : saint Apollinaire de Ravenne

Selon la tradition, Apollinaire fut le premier évêque de Ravenne et évangélisa la région pendant plusieurs décennies. Il aurait subi persécutions, exils et mauvais traitements avant de mourir martyr. Son existence est ancienne, même si plusieurs détails de sa vie appartiennent à la tradition hagiographique. L’Église célèbre sa mémoire facultative le 20 juillet, y compris dans le calendrier liturgique des diocèses américains.

Comme le père Karras, Apollinaire représente une foi qui ne triomphe pas par la domination, mais par une fidélité maintenue jusque dans la souffrance.


Summary

William Friedkin’s The Exorcist is often remembered as one of the most frightening films in American cinema. Yet William Peter Blatty conceived the story as a drama about faith, doubt, sacrifice and the reality of goodness. Father Karras, a Jesuit struggling with guilt and unbelief, ultimately defeats evil not through spectacular power but through an act of self-giving love.

Un film né à Georgetown

Sorti en 1973, L’Exorciste fut réalisé par William Friedkin à partir du roman et du scénario de William Peter Blatty. Ancien étudiant de l’université jésuite de Georgetown, Blatty avait découvert pendant ses études le récit d’un exorcisme pratiqué en 1949 sur un adolescent du Maryland. Cette affaire lui inspira un roman publié en 1971.

Le tournage s’installa pendant plusieurs jours sur le campus de Georgetown. Des centaines d’étudiants servirent de figurants, tandis que plusieurs jésuites apparurent dans le film ou conseillèrent l’équipe. Les célèbres marches empruntées dans le dénouement devinrent ensuite l’un des lieux les plus reconnaissables de Washington.

En 2010, la Bibliothèque du Congrès inscrivit le film au National Film Registry en raison de son importance culturelle, historique et esthétique.

Le véritable combat du père Karras

Le personnage central n’est peut-être pas Regan, la jeune fille possédée, ni même le vieux père Merrin. Le cœur du récit est le père Damien Karras, jésuite, psychiatre et prêtre traversant une profonde crise de foi.

Karras porte la culpabilité d’avoir laissé sa mère mourir dans la solitude. Il doute de sa vocation, de la présence de Dieu et même de sa capacité à aider les personnes qui viennent le consulter. Le démon exploite précisément ces blessures, car le mal ne se contente pas d’impressionner : il accuse, divise et transforme les regrets en désespoir.

Blatty affirmait que le véritable « exorciste » du titre était Karras. Le rite accompli par les prêtres semble échouer, mais Karras sauve finalement l’enfant en demandant au démon d’entrer en lui, avant de se jeter par la fenêtre. Pour l’auteur, cet acte de foi et d’amour constitue la véritable victoire sur le mal.

Une réception catholique moins simple qu’on ne le raconte

Le film provoqua évidemment des critiques. Certains catholiques lui reprochèrent sa violence, son langage et une représentation spectaculaire de la possession susceptible d’encourager la superstition. D’autres y virent au contraire une œuvre affirmant clairement l’existence du bien et du mal dans une culture devenue sceptique.

Blatty était persuadé que son histoire pouvait conduire des spectateurs à retrouver la foi. Des témoignages ont même rapporté une augmentation des confessions après la sortie du film, bien qu’il soit difficile d’en mesurer précisément l’ampleur.

L’œuvre reste profondément catholique dans sa structure : le mal existe, mais il n’est ni invincible ni fascinant en lui-même. Il est vaincu par un homme qui accepte de donner sa vie pour une enfant.

Pourquoi cela compte

Le cinéma d’horreur contemporain multiplie les démons, les prêtres inquiétants et les crucifix retournés. Il oublie souvent que L’Exorciste ne traitait pas principalement de la puissance du diable, mais de la possibilité du salut.

Le film montre aussi une Église qui ne méprise pas la médecine. Regan subit d’abord de nombreux examens, et l’exorcisme n’intervient qu’après l’épuisement des explications ordinaires. Cette prudence correspond davantage à la pratique catholique que les exorcismes improvisés, lesquels ont généralement le bon goût de commencer juste après le générique dans les films moins subtils.


À retenir

William Peter Blatty était un catholique formé par les jésuites ; le père Karras incarne la véritable trajectoire spirituelle du film ; la victoire finale vient moins de la puissance rituelle que du don de soi.

Note culturelle

Blatty dédia son roman aux jésuites « pour lui avoir appris à penser ». Cette formule résume bien l’étrange richesse du film : il ne demande pas au spectateur d’abandonner la raison, mais de se demander si la raison suffit à rendre compte de tout ce qui existe.

Sources

Bibliothèque du Congrès ; université de Georgetown ; America Magazine ; National Catholic Reporter ; Conférence des évêques catholiques des États-Unis ; Vatican News.

Pour aller plus loin

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L’Exorciste vous paraît-il être un film catholique sur le salut, ou sa violence finit-elle par masquer son message ? Partagez votre lecture et vos suggestions de films américains à revisiter.

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