États-Unis : Cupich, Durbin et le scandale des honneurs
États-Unis : Cupich, Durbin et le scandale des honneurs
English summary
Two U.S. bishops, Thomas Paprocki and Salvatore Cordileone, strongly oppose Cardinal Blase Cupich’s plan to honor Senator Dick Durbin, a Catholic Democrat with a long record of supporting abortion rights. They argue the award risks grave scandal and confusion among the faithful. Cupich defends his decision, invoking dialogue and the broader “consistent ethic of life,” while critics see a betrayal of the Church’s teaching on the sanctity of life.
Un prix qui divise
À Chicago, le cardinal Blase Cupich a annoncé son intention de décerner un prix pour l’ensemble de sa carrière au sénateur Dick Durbin, catholique démocrate de l’Illinois, connu pour son soutien constant au droit à l’avortement. Le prix émane du Bureau de la dignité humaine et de la solidarité de l’archidiocèse.
Mais deux évêques se sont immédiatement dressés : Mgr Thomas Paprocki, de Springfield, et Mgr Salvatore Cordileone, de San Francisco. Selon eux, l’affaire n’est pas seulement une maladresse : c’est un « grave scandale ».
Les critiques : le risque de confusion et de scandale
Paprocki rappelle que Durbin est privé de communion dans son diocèse depuis 2004, en raison de son obstination publique à soutenir l’avortement légal. Dans un texte publié dans First Things, il insiste :
« Honorer un homme qui a œuvré pour élargir le droit de mettre fin à la vie innocente, c’est saper la notion même de dignité humaine que ce prix prétend défendre. »
Cordileone abonde dans le même sens : récompenser Durbin brouillerait la clarté de l’enseignement catholique et menacerait l’unité du témoignage des évêques. Pour eux, il ne s’agit pas d’une simple question disciplinaire mais d’une contradiction flagrante entre ce que l’Église proclame et ce qu’elle pratique.
La défense de Cupich : dialogue et cohérence de vie
Face aux critiques, Cupich se défend. Dans The Pillar et le National Catholic Register, il rappelle que Durbin est inscrit dans une paroisse de Chicago et que l’honneur porte sur ses efforts en faveur de la justice sociale et de l’immigration, pas sur ses positions sur l’avortement.
Le cardinal invoque une vision plus large : la fameuse consistent ethic of life, une éthique cohérente qui inclut la défense des migrants, la lutte contre la pauvreté et l’opposition au racisme. Selon lui, réduire toute évaluation publique d’un élu à sa position sur l’avortement serait trop restrictif et fermerait la porte au dialogue.
Une ligne de fracture au sein de l’épiscopat
Cette controverse révèle une fracture bien connue chez les évêques américains. Certains insistent sur la « cohérence eucharistique » : on ne peut honorer ni admettre à la communion ceux qui soutiennent publiquement l’avortement. D’autres, comme Cupich, défendent une approche pastorale où l’on maintient des canaux de dialogue, quitte à reconnaître partiellement une carrière politique.
Au fond, c’est une question de crédibilité : si l’Église dit que l’avortement est « un mal absolu », comment justifier un hommage à l’un de ses plus fervents défenseurs ? Et si l’Église se tait ou honore quand même, quel témoignage donne-t-elle aux fidèles, aux jeunes, aux non-croyants ?
L’avenir de ce débat
Il est probable que l’affaire Durbin ne soit pas un cas isolé. Dans une Amérique où beaucoup de responsables politiques catholiques (démocrates comme républicains) prennent des positions contraires à la doctrine, la question des honneurs, des prix, et de la communion reviendra sans cesse.
La Conférence des évêques américains avait déjà édicté une règle en 2004 : les institutions catholiques ne doivent pas honorer ceux qui agissent publiquement en contradiction avec des enseignements fondamentaux. Cupich choisit une autre voie. Scandale pour les uns, ouverture pour les autres.
Conclusion : quelle Église demain ?
La vraie question dépasse le cas de Durbin. Elle est là : l’Église doit-elle honorer ceux qui agissent contre ses convictions fondamentales, au nom du dialogue ? Ou bien doit-elle marquer une frontière nette, au risque d’apparaître intransigeante ?
Comme souvent, l’avenir de l’Église américaine se joue entre clarté et compassion, entre unité doctrinale et ouverture pastorale. Mais une chose est sûre : les fidèles observent, et ils attendent une parole qui ne soit pas double.

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